Malgré les tentatives des autorités pour rassurer sur l'avenir des établissements financiers russes, les économistes sont unanimes : la crise bancaire ne fait que commencer et va ébranler le secteur tout au long de l'année.
Fin 2008, l'État russe a pourtant déjà débloqué quelque 300 milliards de roubles (6,7 milliards d'euros au taux actuel) en soutien au système bancaire, très dépendant des capitaux étrangers et fortement affecté par l'assèchement du crédit sur la scène internationale.
Mais ces plans d'aide ne devraient pas être les derniers. Les nuages vont continuer à s'accumuler « au cours des six à neuf prochains mois », en raison de la hausse des créances douteuses, prédit Chris Waefer, économiste de la banque d'investissement moscovite Uralsib, interrogé par l'AFP.
En février, les prêts non performants, c'est-à-dire risquant de ne pas être payés, représentaient 3,1 % des crédits aux entreprises, selon des chiffres publiés par la Banque centrale de Russie (BCR).
« La raison principale (de ces impayés) est la chute de la demande : les entreprises ne peuvent plus écouler leur production, recevoir de l'argent et rembourser les crédits », expliquait récemment l'édition russe de l'hebdomadaire Newsweek.
Du côté des particuliers, la part des impayés s'élevait en février à 4,4 % du portefeuille de crédits.
Et alors que l'économie russe est en train de subir un net « ralentissement » - son produit intérieur brut a chuté de 7 % au premier semestre 2009, contre une croissance record de 8,5 % pour la même période de l'année précédente - la proportion des prêts non performants va continuer à croître, explique James Watson, de l'agence de notation financière Fitch Ratings.
Pour l'heure, il reste difficile d'évaluer la part que peuvent atteindre ces impayés.
Ainsi, le patron de la banque publique VTB, Andreï Kostine, l'estime à environ 10 %, tandis que le président de l'établissement semi-public Sberbank et ancien ministre du Développement économique, Guerman Gref, avance le chiffre de 20 %.
Dans ce contexte, « de nombreuses banques vont avoir besoin de capitaux supplémentaires », remarque James Watson.
Les petits établissements et ceux fortement exposés au secteur immobilier, en pleine déroute, « seront incapables de survivre », prévient de son côté Chris Weafer.
Selon l'analyste, entre 300 et 400 banques disparaîtront, soit parce qu'elles auront fait faillite, soit parce qu'elles auront été absorbées par des banques plus grosses. Mais « il est nécessaire que cela arrive », juge-t-il, soulignant que fin décembre, la Russie comptait 1 112 établissements au total, soit « plus qu'aux États-Unis ».
Une situation héritée du manque de régulation des années 1990 : à l'époque, rappelle-t-il, « il était possible d'obtenir une licence bancaire avec un capital de 1 000 dollars ».

