« Je me souviens du jour où j'ai pensé que j'allais perdre Sarah, lorsque le médecin m'a annoncé que ma fille avait le cancer, poursuit Adra. La nouvelle était comme une sentence de mort. Je me rappelle avoir fondu en larmes. Sarah n'avait qu'un an et neuf mois et elle avait une tumeur au rein. Je voulais prendre sa place pour qu'elle puisse poursuivre sa vie. »
La nouvelle a déclenché chez Adra toutes sortes de sentiments allant du choc à la culpabilité en passant par la colère, l'incrédulité, la peur et la tristesse. « Dès l'instant où vous tenez votre enfant dans vos bras, le mot "responsabilité" revêt une tout autre dimension, confie Adra. Il est de notre responsabilité en tant que parents de protéger notre enfant, d'être sûr que rien ne lui arrivera. Apprendre qu'il souffre du cancer vous rend impuissant et un immense sentiment de culpabilité vous envahit. Vous vous demandez si vous auriez pu changer les choses en agissant ou en n'agissant pas d'une certaine manière, ou tout simplement s'il ne s'agit pas d'une punition pour une faute que vous auriez commise dans le passé. »
« Il est impossible de ne pas ressentir toutes ces émotions lorsque vous témoignez de la douleur, de la souffrance et de la perte des autres, ajoute Adra. J'avoue qu'au début, j'ai souffert, pleuré et haï le monde. J'étais en colère, surtout contre Dieu. "Pourquoi ma fille a le cancer ?" me demandais-je, en vain. Personne ne peut répondre à une telle question. Si vous la ressassez, vous allez finir par nuire à tout le monde, même à vous-même. Mais j'ai dû passer par toutes ces émotions pour réaliser enfin qu'il ne s'agissait pas de moi, mais de Sarah, et que je devais être forte pour elle et pour mes autres filles, qui avaient autant besoin de moi. »
J'ai appris...
Adra et son mari ont ainsi décidé de vivre « aussi normalement que possible ». « Nous étions déterminés à ne pas laisser le cancer conquérir nos esprits et briser nos espoirs, confie Adra. Pour ce que ça vaut, le cancer nous a rapprochés encore plus. Nous avons aussi appris à gérer nos émotions et à contrôler notre peur. »
Adra décrit le long parcours de Sarah avec la maladie, les souffrances par lesquelles elle est passée, le regain de confiance en soi... Pendant toute cette période, Adra, qui ne pouvait imaginer sa vie sans sa fille, insistait à lui faire connaître les voyages en famille, les fêtes d'anniversaire, etc. « Au cours de cette période, j'ai redéfini mes priorités, indique-t-elle. J'aurais aimé ne pas connaître la chimiothérapie et le cancer, mais cette période m'a appris à prendre mon temps et à profiter de mes enfants, à dire aux autres "je t'aime". Je suis désormais plus patiente. Avec la maladie de Sarah, j'ai découvert que je possède une force et une foi que je n'avais jamais soupçonnées. J'ai appris qu'il ne faut pas prendre les choses pour acquises, et que je devais m'occuper de moi-même, même si la culpabilité allait m'envahir et me faire sentir que je suis la pire mère au monde. Mais j'ai surtout appris qu'en tant que parents, notre rôle n'est pas de protéger nos enfants du mal, mais de les soutenir. Et j'ai appris que je ne pouvais pas m'en tirer seule et qu'il ne faut pas avoir honte de demander le soutien, d'accepter l'aide des autres et d'être reconnaissant de l'avoir. »
Aimer
Sarah a aujourd'hui 5 ans. Depuis bientôt trois ans, elle vit sans cancer. « Elle est devenue plus forte et elle va bien, constate sa mère. C'est une vraie battante. Sa bataille n'est toutefois pas encore finie. Elle a des examens à faire tous les mois, mais son père et moi ne nous plaignons pas. Je suis convaincue que tout arrive pour une raison, que vous ne découvrez pas au moment même. Après la maladie de Sarah, je me suis portée volontaire à l'hôpital Saint Jude. Les enfants ne cessent de m'émerveiller par leur force et leur attachement à la vie. J'ai voulu exprimer ma gratitude suite à la guérison de ma fille et donner un nom, un visage et une histoire à chaque enfant. Je l'ai fait en créant ma propre association, "al-Ataa lil shifaa" (Donner pour guérir). »
Et Adra de conclure : « Le cancer ne connaît pas d'âge, de sexe, de race ou de religion. Il peut toucher à tout instant une personne que nous aimons. Ma petite Sarah a gagné sa bataille. Mais nombreux sont les enfants qui la perdent. Notre devoir est de leur donner l'opportunité d'aimer. »


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