Le Hezbollah trouve ce timing suspect. Certains de ses cadres laissent entendre que l'on aurait pu traiter le problème par des rencontres discrètes loin de tout battage médiatique. Ils voient, dans son exploitation, un signe de malveillance égyptienne doublée de vindicte, à la suite des prises de position hostiles adoptées par sayyed Hassan Nasrallah lors de la guerre de Gaza au sujet de la fermeture de Rafah. Pour eux, il est manifeste que ce qui perturbe le plus Le Caire, c'est que le Hezbollah émerge comme une force régionale agissante, et concurrente, dans le cadre du conflit arabo-israélien. Préoccupation accentuée par la récente décision de Londres de dialoguer avec le parti et de le reconnaître comme membre de plein droit du tissu libanais, ayant députés, ministres et pignon sur rue.
Toujours selon ces sources locales, les Égyptiens ont également l'Iran en point de mire. Ils soutiendraient que le Hezbollah est essentiellement une formation paramilitaire auxiliaire de la puissance iranienne et lui donnant vue sur la Méditerranée. Une cellule d'autant plus redoutable qu'elle s'active largement à l'extérieur et ne se limite pas au territoire libanais. Affrontant les Américains, notamment en Irak et en Palestine. Sans compter les coups de coude au régime égyptien. Notamment en tentant de torpiller l'accord interpalestinien, initié par Le Caire, pour continuer à alimenter le Hamas en armes et en argent à travers Rafah. Ce qui, du même coup, risque de déboucher sur une reprise des hostilités entre le Hamas et les Israéliens.
Les observateurs relèvent l'absence d'un soutien arabe au Hezbollah dans son empoignade avec l'Égypte. Pour sa part, l'Iran le défend, sans trop forcer la note. Ainsi, le président du Conseil de la choura iranien, Ali Larijani, lie-t-il le conflit aux législatives libanaises, sans s'en prendre directement au Caire. Damas, de son côté, se contente d'estimer qu'en dirigeant ses feux contre le Hezbollah, le régime égyptien tente de faire diversion sur ses difficultés internes. Et de camoufler le fossé qui le sépare de son propre peuple. En incitant en même temps sa population à se ranger à ses côtés contre une tierce partie étrangère. Le ton de Damas n'a toutefois rien de particulièrement dur.
Mais il convient de relever que malgré les réconciliations interarabes, il n'y a pas non plus de signes de soutien ferme aux positions du Caire, même de la part de ses amis traditionnels. Ce qui est assez logique : on ne saurait conforter le rétablissement de la solidarité face à Israël, entamé au Koweït par Abdallah d'Arabie, en mettant l'accent critique sur un parti arabe, le Hezbollah, à un moment où la droite dure israélienne accède au pouvoir.
Les responsables du Hezbollah s'étonnent qu'un pays arabe s'en prenne à un parti qui a libéré le Sud, presque totalement, et défait Israël durant la guerre de juillet. À une résistance, qui a réduit en bouillie le mythe de l'État hébreu invincible, surtout à un moment où Netanayahu accède au pouvoir. Mohammad Raad certifie la légitimité de la Résistance et son maintien tant qu'il subsiste un danger israélien.
Dans les cercles diplomatiques, on pense généralement que Le Caire ne va pas s'en tenir là. Et qu'il n'en est encore qu'au début d'une offensive en règle contre l'Iran, accusé d'utiliser le Hezbollah pour déstabiliser des pays arabes, l'Égypte en tête. De son côté, le front des radicaux, jugent les diplomates, compte poursuivre la campagne antiégyptienne entamée lors des opérations de Gaza pour torpiller l'arrangement Hamas-OLP agencé par Le Caire. Globalement, concluent les diplomates, il faudra voir comment, avec Obama, les relations irano-américaines vont évoluer. Pour savoir, accessoirement, ce que le Hezbollah va faire.

