L'intervention télévisée de sayyed Nasrallah a été considérée par les autorités égyptiennes comme une preuve de l'implication de son parti dans « le complot qui vise la souveraineté et la stabilité égyptiennes », et a suscité une levée de boucliers. Le Parlement égyptien a stigmatisé « le plan terroriste hezbollahi ». Les députés ont accusé le parti de Dieu de « vouloir semer la discorde », insistant sur le fait que « l'Égypte ne fait pas de concessions sur tout ce qui la touche » et que sa sécurité « constitue une ligne rouge ».
À un niveau officiel plus élevé, le président égyptien Hosni Moubarak a pris contact avec le Premier ministre Fouad Siniora pour un tour d'horizon de la situation locale et régionale. M. Moubarak a indiqué que son pays ne permettra à personne de violer son territoire ou porter atteinte à sa stabilité, affirmant que le dossier dans son ensemble est aux mains de la justice.
Parallèlement, le ministre d'État aux Affaires légales et parlementaires, Moufid Chehab, a estimé que les propos de sayyed Nasrallah sont « injustes et insignifiants, et représentent une répétition de ce qu'il avait déclaré lors de la guerre de Gaza, formulée cependant d'une manière démagogue inacceptable ». Selon lui, le raisonnement du secrétaire général du Hezbollah est « erroné et mensonger ».
Le ministre égyptien de l'Information, Ouns el-Faka, a pour sa part indiqué que « les aveux du leader du Hezbollah sur l'appartenance à son parti des personnes arrêtées en Égypte prouvent que Le Caire ne lance pas des accusations à la légère et ne prend pas des mesures qui ne sont pas fondées sur des preuves tangibles ».
Le Hezbollah a réagi à ces accusations par la voix de cheikh Mohammad Yazbeck, qui s'en est pris à « certains porte-voix égyptiens désireux de ternir la réputation de la Résistance au Liban ». Il a estimé, au cours d'un meeting au Hermel, que « personne ne pourra assombrir la lueur éblouissante du soleil en faisant élever la poussière autour d'elle ». « Nous sommes fiers d'être accusés de vouloir soutenir la résistance palestinienne et d'être aux côtés de nos frères palestiniens face à l'ennemi israélien ».
L'Iran, l'Arabie saoudite, la Syrie et Israël devaient réagir à leur tour, chaque régime suivant ses sympathies. L'Iran et la Syrie ont crié au complot, alors que l'Arabie saoudite donnait raison à l'Égypte et qu'Israël voyait dans les faits attribués au Hezbollah « un acte de guerre ».
Le président du Parlement iranien, Ali Larijani, a ainsi estimé que « le tapage médiatique artificiel autour du Hezbollah a pour seul objectif d'influencer les prochaines législatives ». « Les gouvernements accusés de complicité avec Israël durant la guerre qu'il a menée contre Gaza ont lancé cette propagande, dans une tentative de se réhabiliter ».
La presse syrienne, notamment le quotidien al-Watan, a commenté la polémique entre le Hezbollah et l'Égypte en faisant état d'une convergence d'intérêts israélo-égyptiens. « Les efforts se poursuivent afin de dévier l'attention du conflit arabo-israélien, écrit al-Watan. Après l'échec de (l'ancien président américain) George Bush à transformer l'Iran en un ennemi fictif des Arabes, Le Caire a lancé une campagne qui recoupe les intérêts israéliens et détourne l'attention du cœur du problème politique, ce qui permettra de faire de la Résistance, qui s'exprime par le Hezbollah, la Résistance islamique et le Hamas le nouvel ennemi présumé. »
La presse saoudienne a de son côté dénoncé les propos tenus par sayyed Nasrallah vendredi. Dans leurs éditoriaux respectifs, al-Jazira, al-Watan et al-Madina ont estimé que « l'Égypte a parfaitement le droit de défendre sa sécurité et celle de ses citoyens à travers les moyens légaux employés par chaque État pour défendre sa sécurité nationale ». Même le quotidien palestinien al-Qods a critiqué « l'immixtion de Nasrallah dans les affaires égyptiennes ». « S'il s'agissait de soutenir la résistance, le Hezbollah avait une chance inratable et unique d'ouvrir le front du Sud, durant la guerre (israélienne contre Gaza), et non pas de s'introduire en territoire égyptien pour assurer cet appui. Il aurait aussi pu offrir un soutien logistique à ceux qui ont lancé ou qui ont tenté de lancer des roquettes à partir du Liban-Sud, au lieu de les arrêter, de leur barrer la voie et de s'empresser de démentir tout rapport avec eux. »
Quant à Israël, il a appelé sans ambages à l'élimination du Hezbollah. « Nasrallah mérite la mort et j'espère que ceux qui savent quoi faire de lui (en Israël) sauront agir et lui réserver le sort qui doit lui revenir », a déclaré le ministre israélien des Transports, Israël Katz, à la radio de l'armée. Ces déclarations sont les premières sur le Hezbollah. « Nasrallah a admis que des membres de son organisation étaient impliqués dans la contrebande d'armes iraniennes vers la bande de Gaza pour attaquer Israël. Il s'agit d'un acte de guerre au plein sens du terme, et Israël doit agir en conséquence et expliquer notamment dans le monde que le Hezbollah est une organisation terroriste qui doit être désarmée », a ajouté M. Katz.
L'enquête se poursuit
Pendant ce temps, la presse égyptienne, qui s'en est violemment prise à sayyed Nasrallah au cours du week-end dernier, allant même jusqu'à le traiter de « singe » et de « criminel qui ne connaît pas le repentir », révélait des extraits de l'enquête menée auprès des personnes arrêtées par la police égyptienne, qui recherchait toujours hier treize hommes soupçonnés de faire partie du Hezbollah. C'est ce qu'a indiqué l'AFP, qui cite des responsables des services égyptiens de sécurité, en précisant que les recherches sont effectuées dans une région montagneuse du Sinaï.
Les noms de ces personnes ont fait surface lors des interrogatoires de 49 personnes accusées par les autorités égyptiennes d'avoir planifié des attaques anti-israéliennes dans le Sinaï pour le compte du Hezbollah et arrêtées ces cinq derniers mois. « La police recherche dix Libanais et trois Palestiniens dont les noms ont été cités lors des interrogatoires et qui étaient actifs dans cette zone », a déclaré un responsable des services de sécurité. La police les soupçonne de se cacher près de la ville de Nakhl, utilisée par les Bédouins pour le trafic de drogue. Devant le Parlement, le ministre égyptien des Affaires parlementaires a précisé dimanche qu'ils suivaient les mouvements des touristes israéliens.
Selon un quotidien égyptien, six personnes poursuivies par les autorités égyptiennes ont démenti les faits qui leur sont attribués, mais ont reconnu leurs liens avec le Hezbollah, sans dire s'ils appartenaient ou non à cette formation. Ils ont nié connaître Sami Hani Chehab, le principal accusé dans cette affaire.
L'enquête se poursuit avec huit autres personnes, selon le quotidien, qui précise que Chehab, qui a refusé la présence d'un délégué de l'ambassade du Liban à son interrogatoire, a avoué être venu au Caire en 2005. Il a indiqué qu'il visite le Liban de temps en temps pour recevoir les instructions nécessaires, dont la fondation d'un bureau du Hezbollah en Égypte, le transfert de combattants, d'armes et de munitions pour aider les Palestiniens de Gaza.
Toujours selon le journal, Chehab a affirmé dépendre directement d'un cadre du Hezbollah, Mohammad Kabalan, qui s'est rendu au Soudan pour établir des contacts avec le dénommé Khalil Soudani afin de recruter d'autres passeurs d'hommes et d'armes vers Gaza.

