Considéré comme un héros aux États-Unis, le capitaine américain Richard Phillips a été libéré dimanche des mains des pirates somaliens qui le détenaient sur un canot de sauvetage, lors d'une opération éclair de l'US Navy dans l'océan Indien. M. Phillips, 53 ans, qui a passé cinq jours sous la menace des mitraillettes de ses ravisseurs, parfois attaché, a été transporté à bord d'un navire de guerre américain, « où il a contacté sa famille et a subi un examen médical de routine », selon la marine américaine. La décision de passer à l'action a été prise « en quelques secondes » par un commandant sur le terrain, qui venait d'apprendre que M. Phillips courait un danger imminent, a expliqué le vice-amiral William Gortney, commandant des forces navales. Elle était conforme à un ordre donné par le président Barack Obama d'agir immédiatement si la vie du capitaine était menacée, a-t-il indiqué. Postés sur un vaisseau présent sur les lieux, des tireurs d'élite ont ouvert le feu et abattu trois pirates. Le quatrième, « qui s'est rendu, est traité humainement », a ajouté M. Gortney, précisant que la justice américaine étudiait les options pour le poursuivre.
Les pirates qui détenaient Phillips étaient âgés de 17 à 19 ans, a déclaré le secrétaire américain à la Défense Robert Gates durant une conférence aux États-Unis. Ces jeunes étaient « sans entraînement et munis d'armes lourdes », a-t-il précisé. « Il n'y a pas de solution purement militaire » à la piraterie, a commenté M. Gates, ajoutant qu'il fallait « faire quelque chose à terre qui change l'équation pour ces enfants ». Le président Barack Obama s'est dit, pour sa part, déterminé à lutter contre ce fléau, appelant à la coopération internationale pour que les pirates rendent des comptes pour leurs « crimes ».
À Mogadiscio, le gouvernement s'est félicité du sauvetage de Phillips. « J'espère que cette opération servira de leçon aux autres pirates qui retiennent des otages sur des bateaux capturés », a déclaré le porte-parole Abdulkadir Walayo.
Le Maersk Alabama, porte-conteneurs de la société Maersk Line, avec à son bord 20 marins américains, avait été attaqué mercredi à environ 500 km des côtes somaliennes. Le capitaine Phillips s'était proposé en otage en échange de la liberté de ses hommes. Le cargo et son équipage sont arrivés samedi au port kényan de Mombasa.
Hier, le vice-amiral William Gortney, commandant des forces navales américaines, a plaidé pour une présence armée à bord de la marine marchande américaine. C'est la seconde fois en moins d'une semaine qu'une marine étrangère intervient pour libérer des otages dans la région.
Vendredi, l'armée française a libéré les cinq otages français du voilier Tanit. La libération avait pris un tour dramatique avec la mort d'un otage, père d'un enfant de trois ans également captif. Les quatre ex-otages sont arrivés dimanche en France.
Par ailleurs, un parlementaire américain, Donald Payne, qui se trouvait hier à Mogadiscio pour des entretiens sur la lutte antipiraterie, a été visé, sans être blessé, par des tirs de mortier près de l'aéroport. Son avion a décollé sans encombre. Ces tirs ont été revendiqués par les shebab. Un responsable, cheikh Hussein Ali Fidow, les a qualifiés d'« attaque contre l'ennemi d'Allah arrivé pour répandre la démocratie en Somalie ».
Les activités des pirates, qui ont atteint des sommets en 2008, sont en regain depuis une semaine malgré un déploiement massif de puissances navales. L'une des dernières victimes en date, le remorqueur italien Buccaneer, capturé samedi avec 16 personnes à bord (10 Italiens, 5 Roumains et un Croate), a jeté l'ancre au large du village de Lasqorey, dans la région autoproclamée autonome du Puntland (nord-est de la Somalie), selon les autorités locales. Les membres d'équipage étaient toujours hier à bord du remorqueur.
Enfin, deux bateaux de pêche égyptiens ont été capturés par des pirates au large du Somaliland, a annoncé hier l'adjoint du ministre égyptien des Affaires étrangères en charge des affaires consulaires, Ahmad Rizk.

