Dans cette circonscription, un duel sans merci est prévisible entre Fouad Siniora, qui figurera sur une même liste avec Bahia Hariri, et le député sortant Oussama Saad, farouchement hostile au camp de la majorité.
Pour le Premier ministre, cette bataille électorale doit lui offrir l'occasion de s'imposer comme acteur principal sur l'échiquier politique et lui permettre de savourer, s'il était élu, une revanche éclatante sur les campagnes de dénigrement que n'ont cessé de lui asséner le camp du 8 Mars en général, Nabih Berry et Michel Aoun en particulier. Sans oublier les députés du Hezbollah qui, tout aussi souvent, n'ont pas ménagé leurs attaques, s'en prenant à l'homme plutôt qu'au dirigeant.
En un mot comme en mille, si Fouad Siniora se présente à Saïda, c'est pour réduire au silence ceux qui l'ont injustement et violemment pris pour cible des mois durant.
Avec la clôture du délai de dépôt des candidatures, une nouvelle étape commence donc, celle de la formation des listes. Une chose est à relever à ce niveau : l'opposition, qui a mené la plus farouche des batailles contre les candidats indépendants, refuse de s'allier avec eux ; elle refuse même de reconnaître leur existence, considérant que ce sont des partisans dissimulés du 14 Mars.
C'est pour cette raison qu'ont échoué toutes les tentatives visant à réconcilier un tant soit peu Baabda et Rabieh dans l'espoir d'aboutir à une formule de compromis dans les circonscriptions du Kesrouan, de Jbeil et du Metn.
De ce fait, il semble de plus en plus probable que, dans des cazas comme Tripoli, Zahlé ou Jezzine, les candidats du Courant patriotique libre vont devoir affronter ceux du mouvement Amal, avec de prévisibles tentatives pour s'attirer l'appui des candidats indépendants. Exemplaire à cet égard sera le cas du caza de Jezzine, où Samir Azar, appuyé par le mouvement Amal, va disputer au candidat aouniste les voix des indépendants.
En tout état de cause, la campagne électorale figurera vraisemblablement à l'ordre du jour du Conseil des ministres, croit-on savoir de source présidentielle. Le chef de l'État y mettra notamment en garde contre toute exploitation d'un portefeuille ministériel à des fins électoralistes, pour les ministres candidats aux élections, comme de toute division à l'intérieur du Conseil des ministres, en raison de la présence de deux ministres candidats sur des listes adverses. C'est le cas pour les ministres Élias Skaff et Élie Marouni, à Zahlé.
Dans l'absolu, le gouvernement devra faire preuve d'une grande neutralité pour éviter toutes les critiques qu'on pourrait lui adresser, du fait que son chef est candidat aux élections. Sachant qu'en 2005, pressenti pour présider le gouvernement qui devait superviser le déroulement des élections, Nagib Mikati se fit un point d'honneur d'annoncer qu'il ne serait pas candidat. Nous sommes aujourd'hui aux antipodes de cette prise de position.

