Mais les États-Unis continueront à porter l'essentiel du fardeau de la guerre contre les talibans et M. Obama ne saura sans doute pas avant longtemps si les Européens seront capables de soutenir une guerre impopulaire.
En partant pour Prague après deux jours de sommet en France et en Allemagne, il avait recueilli des promesses de renfort se montant jusqu'à 5 000 hommes.
Ce total avancé par la Maison-Blanche recycle des engagements déjà pris, comme les 600 hommes annoncés par l'Allemagne, et consiste surtout en renforts temporaires pour sécuriser l'élection présidentielle du mois d'août en Afghanistan. Le reste est destiné à former l'armée et la police afghane.
Le nouveau président, multipliant les éloges pour ses hôtes, a également renforcé son image de diplomate d'envergure mondiale, en désamorçant une querelle avec la Turquie sur le choix du prochain secrétaire de l'OTAN. Il avait déjà réussi lors du sommet du G20 à Londres à faire de même entre Pékin et Paris sur la question des paradis fiscaux.
Selon M. Obama et ses conseillers, les engagements qu'ont pris les alliés sont la réponse des Européens à sa nouvelle stratégie de mobilisation des forces en Afghanistan. Cependant, les contributions fournies par les alliés européens restent de toute façon sans commune mesure avec le renfort de 21 000 hommes annoncé récemment par M. Obama. Cela veut dire que l'essentiel de l'effort de guerre continuera d'être assuré par les Américains.
« Il faut avoir à l'esprit que cela ne fait qu'une semaine que nous avons dévoilé cette nouvelle approche, mais pour la première fois nous avons les moyens de nos ambitions », a déclaré le président américain. « Toutefois pour atteindre nos objectifs, a-t-il prévenu, il va nous falloir davantage encore de moyens. »
De hauts responsables américains ont confié en privé qu'ils ne considéraient les engagements pris au sommet de l'OTAN que comme un simple « acompte » sur des efforts civils et militaires plus importants qu'il faudra fournir à plus long terme en Afghanistan. Ils ont aussi souligné que si l'administration américaine avait pris la peine de consulter ses alliés sur la nouvelle stratégie à mettre en œuvre, en contraste avec les procédés de son prédécesseur George W. Bush, les responsabilités leur incombant n'en étaient que plus grandes.
« Nous avons consulté nos alliés pour que leurs points de vue soient pris en compte lors de l'élaboration de la stratégie », a souligné un haut responsable américain.
« Mais en revanche, ayant tenu compte de leurs vues, nous attendons de notre côté qu'ils fournissent les moyens correspondant à la stratégie » définie en commun.
Ce sommet a également fourni un nouvel exemple des dons de conciliateur de M. Obama. Il a réussi à convaincre la Turquie de lever ses objections à la candidature du Danois Anders Fogh Rasmussen au poste de secrétaire général de l'Otan.
Le président Obama « a discuté avec Abdullah Gül, avec Anders Fogh Rasmussen, puis avec les deux ensemble pendant près d'une heure pour avoir un accord », selon un responsable américain.
Selon la presse turque, la Turquie a imposé des conditions drastiques avant d'accepter la nomination de Rasmussen au poste de secrétaire général de l'OTAN, qu'elle avait rejetée dans un premier temps.
Ankara reprochait à M. Rasmussen son soutien à un journal danois qui avait publié des caricatures de Mahomet en 2005, et son refus de fermer la chaîne de télévision Roj TV, émettant depuis le Danemark et considérée par les autorités turques comme porte-voix des séparatistes kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Les pressions turques
La Turquie a finalement levé ses objections après que le président américain Barack Obama se fut porté « garant » du respect d'un certain nombre d'engagements, a indiqué le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.
Selon plusieurs journaux turcs, Ankara a tout d'abord obtenu l'assurance que Roj TV sera prochainement interdite d'émettre depuis le Danemark.
La Turquie a également obtenu que M. Rasmussen « adresse au monde musulman un message positif par rapport à la crise des caricatures », affirme le quotidien conservateur Zaman. Le quotidien à grand tirage Hürriyet évoque pour sa part des « excuses » prochaines de M. Rasmussen au monde musulman.
Dernier point de l'arrangement, selon la presse, des Turcs devraient être nommés à des postes-clés de l'OTAN. Un Turc devrait devenir l'adjoint du secrétaire général, un autre représenter l'Alliance atlantique en Afghanistan et un troisième être nommé responsable du désarmement.
M. Rasmussen a pour sa part assuré dans des déclarations aux médias danois qu'il n'avait pas sacrifié la défense de la liberté d'expression pour obtenir le ralliement de la Turquie à sa candidature.

