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CD, DVD - Un Peu Plus De...

Overdose

En ces temps de crise, l'Europe, l'Amérique, l'Occident dans son ensemble, quoi, fait low profile. On a freiné nos envies. On cherche à économiser, à garder, à préserver ce qu'il reste. On cultive à nouveau les plaisirs simples. Un coucher de soleil, un petit dîner chez des amis, une promenade au clair de lune, un gentil resto indien, un delivery chinois, des fringues mode et pas chères, une bonne affaire... le système D quoi. Débrouillardise en veux-tu, en voilà... Simplicité fait beauté et fait surtout recette. Là-bas. Là-bas de l'autre côté de la mer Méditerranée, de l'autre côté de l'Atlantique... Mais pas chez nous, ce qui, probablement, ne vous surprend pas. Ici, on est plutôt en overdose. Le Liban est définitivement le pays du too much, la contrée du trop, la patrie de l'excessif. Comme si on ne pouvait exister que dans la démesure... Vous me direz, qui aime vraiment les demi-teintes ? Le tiède ? Le gris - même s'il est à la mode ? On n'a pas inventé la couleur pourpre pour rien. Cette couleur profonde et mystérieuse qui a donné ses lettres de noblesse aux Phéniciens. Il est donc légitime qu'on aime l'intense au Liban... Nos prises de position politiques sont passionnées. Les conversations tournent souvent au pugilat. On se déchire, s'entre-tue, se réconcilie. Comme en amour. On aime passionnément, à la folie, puis plus du tout. Les marguerites en ont pour leurs pétales. On se maquille outrageusement. On force sur l'anticernes, qui donne aux femmes de Mondanités ce masque blanc autour des yeux trop tirés, trop liftés, trop eye-linerisés. On abuse du fond de teint, du blush et on colore ses lèvres siliconées avec un rouge trop fort, légèrement vulgaire. On se Amy Winehousise. On est trop grosse ou trop maigre. On est souvent trop blonde, trop rousse ou trop noir jais. On se coiffe trop crêpé, trop haut, trop parfait. On a de trop gros seins, engoncés dans des tops trop étriqués, trop courts sur des pantalons trop bas. On achète trop de fringues, car on a trop de soirées. On va beaucoup chez le coiffeur, chez la manucure. On a de grosses voitures aux pots d'échappement trop bruyants, aux jantes ultracustomisées... On ouvre de grosses bouteilles de champagne, des Salmanazar au prix exorbitant, on boit toujours trop. On revient très cuit à une heure très avancée dans les bras d'une femme trop facile. On sort beaucoup, presque tous les soirs. On ne sait pas où aller dîner car il y a des restaurants à foison. On mange trop. On ingurgite des quantités industrielles de bouffe trop grasse, trop sucrée. On prend des anxiolytiques n'importe quand, n'importe comment. De la drogue, souvent... On a trop de personnel à la maison qui contient trop de meubles, de bibelots, de rideaux trop lourds, de lumières trop criantes, de tapis trop chargés, de dorures trop dorées, de velours trop criards. On fait des anniversaires ostentatoires. Des anniversaires de mariage trop m'as-tu vu, des célébrations de quadragénaires en mal de sensations, des fêtes pour les enfants où il y a trop de nounous, trop de nourriture amassée dans les assiettes, trop de paillettes. On ne sait plus à quel spectacle prendre les enfants, car il y en a trop. On s'entoure de trop de gens, on nous donne trop son avis, on interfère trop dans nos vies. On parle trop fort, rit trop fort, pleure trop peu... On ferme les fenêtres de sa voiture et on met la musique à fond, on conduit trop vite, on va trop loin. On dépasse beaucoup trop les limites, on ne retient pas les leçons du passé, on s'attache trop vite. On fait trop vite confiance... On baise à droite à gauche car on a trop peur de l'amour. On ne le fait pas, car le sexe nous fait trop peur. On s'extasie trop, encense trop, fait beaucoup de compliments. On joue trop la comédie. On est trop souvent hypocrite, copieusement menteur, considérablement séducteur, inlassablement superficiel et superflu. On en fait trop... Exagérément, immodérément, abondamment, sans retenue car on a trop peur du vide. Du vide de la vie, du vide de nos vies. On est en overdose de tout. Mais sans ça, sans cette opulence exquise, sans ce déluge de tout, sans cette exubérance parfaite, le Liban ne serait pas ce qu'il est. Ce pays où tous les excès sont possibles, où ce trop-plein séduit, où l'abondance, même si elle cache les plus grandes fêlures, est signe de bonne santé. Cette overdose libanaise qui nous fait tant de bien, parfois... souvent.
En ces temps de crise, l'Europe, l'Amérique, l'Occident dans son ensemble, quoi, fait low profile. On a freiné nos envies. On cherche à économiser, à garder, à préserver ce qu'il reste. On cultive à nouveau les plaisirs simples. Un coucher de soleil, un petit dîner chez des amis, une promenade au clair de lune, un gentil resto indien, un delivery chinois, des fringues mode et pas chères, une bonne affaire... le système D quoi. Débrouillardise en veux-tu, en voilà... Simplicité fait beauté et fait surtout recette. Là-bas. Là-bas de l'autre côté de la mer Méditerranée, de l'autre côté de l'Atlantique... Mais pas chez nous, ce qui, probablement, ne vous surprend pas. Ici, on est...
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