« Décentralisation. Vers un projet d'État » est organisé par les facultés des sciences et de génie informatique, de gestion et des sciences commerciales, ainsi que de médecine et des sciences médicales de l'USEK, en collaboration avec les ambassades de Belgique, du Canada, d'Espagne, de France, d'Italie et de Suisse au Liban.
En ouverture, la directrice générale de l'administration centrale de la statistique, Mme Maral Tutélian, a présenté les différents aspects de la décentralisation. Cette technique qui repose sur le transfert de certaines prérogatives de l'État aux autorités régionales et locales comporte de nombreux avantages, notamment celui de rapprocher le citoyen du centre de décision, a-t-elle fait valoir.
Prenant la parole au nom du recteur de l'USEK, le P. Georges Hobeika, vice-
recteur à la recherche et aux relations internationales, a affirmé que l'USEK avait un rôle important à jouer sur le plan de la réflexion sur la décentralisation.
« En tant que pôle de formation et de recherche scientifiques et technologiques, l'Université se donne pour mission de contribuer, au travers de ses enseignants-chercheurs et de ses étudiants, acteurs publics de demain, à cet indispensable progrès », a-t-il dit.
Et d'ajouter que « dans le contexte international des politiques de décentralisation, le thème de notre colloque s'insère parfaitement dans le programme-phare lancé par le président de la République dans l'esprit des accords de Taëf. La décentralisation élargie, prônée par ces derniers, est aujourd'hui communément considérée, à juste titre, comme un ersatz de l'État fédéral. Ce projet de décentralisation élargie vise, dans son épure conceptuelle, à donner aux collectivités locales, dans toutes les régions du Liban, des compétences propres, distinctes de celles de l'État, à faire élire, si la conjoncture et le mûrissement politiques le permettent, leurs autorités par la population et à assurer ainsi un meilleur équilibre des pouvoirs sur l'ensemble du territoire d'un Liban, espace privilégié de convivialité, pluriconfessionnel et multiculturel, respectueux de la mémoire historique fondatrice des identités non meurtrières. La décentralisation élargie, telle qu'elle est brossée à grands traits dans les accords de Taëf, paraît se fixer pour but le rapprochement des citoyens libanais du processus de décision et l'émergence graduelle et vectorielle d'une démocratie de proximité ».
Dénominateurs communs
Le ministre de l'Intérieur et des Municipalités, M. Ziyad Baroud, qui représentait à ce colloque le chef de l'État, a rappelé que la décentralisation en tant que projet d'État « est liée au consensus national et fait partie intégrante des "dénominateurs communs" largement admis ». « Désormais, a-t-il ajouté, décentralisation ne rime plus avec partition. »
Cependant, pour M. Baroud, « il est grand temps que la décentralisation prônée par tous, admise par tous, applaudie par tous, trouve une consécration législative. Dans son discours d'investiture, le président l'a clairement indiquée. La déclaration ministérielle l'a reprise et le ministère de l'Intérieur et des Municipalités œuvre, sous les directives du président, à mettre au point dans quelques semaines un rapport de synthèse comprenant pour la première fois, depuis 1990, une approche méthodologique ».
Baroud a affirmé : « Le texte de l'accord de Taëf, qui a le mérite de l'unanimité nationale, ne s'est pas concrétisé, jusqu'à date, à travers des dispositions législatives. Est-ce dû aux contours peut-être imprécis de la restructuration de l'État ? » L'instabilité politique ? Quid de l'articulation entre la déconcentration et la décentralisation (...), qui offre aux citoyens le meilleur de l'une et de l'autre, en évitant les interférences possibles et les conflits de compétence ? Quels seraient les critères à retenir afin de décider de la pluralité des niveaux décentralisés (municipalités, conseil de caza, union de municipalités) ? Lesquels retenir en évitant l'émiettement local dans un pays de 10 452 km2 ? Comment concilier décentralisation et développement local (durable !), ce dernier requérant parfois une intervention agressive du pouvoir central. Quels que soient les choix de niveaux et de formes adoptés, quelle serait la durabilité de fonctionnement, compte tenu du financement et des recettes ? « À transfert de compétences, transfert d'impôts »...
« Autant de questions qui méritent une réflexion scientifique, juridiquement valable, mais visant surtout à optimiser la gestion de notre diversité dans le cadre de notre unité, a enchaîné le ministre de l'Intérieur. À toutes ces questions et à bien d'autres encore, mon département se propose d'apporter une contribution : celle d'encadrer l'effort législatif par une connaissance approfondie de la réalité, des besoins et des moyens à disposition. »


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