Ces propos, le leader zghortiote les a tenus lors du dîner annuel du bureau des enseignants de son mouvement, les Marada. Il était entouré de ses deux colistiers, Estephan Doueihy et Sélim Karam, des anciens députés Karim el-Racy et Fayez Ghosn, de Rafli Diab et des cadres Marada.
Après un mot du directeur de l'école technique de Zghorta, Sayed Jeiytani, sur les activités du bureau des enseignants Marada, Sleimane Frangié a pris la parole pour évoquer la multitude de générations que les instituteurs ont formées, rappelant que l'école publique a longtemps été, au Liban, plus importante que l'école privée, et qu'elle s'était affirmée comme un des piliers mêmes de l'indépendance nationale. Malheureusement, relève-t-il, l'État s'occupe aujourd'hui de la pierre, des routes, de l'asphalte, et ne porte aucune attention à l'être humain. De ce fait, le secteur pédagogique, mais aussi l'environnement ou l'agriculture sont négligés. Et le ministère de l'Éducation est tombé au second rang, alors qu'il était avant l'un des principaux départements de l'État. Cependant, selon Frangié, la ministre actuelle, Bahia Hariri, réalise la nécessité d'un redressement, ainsi que la nature politique, au bon sens du terme, de l'éducation.
Il reproche à la présidence du Conseil de ne considérer les enseignants du public que comme un fardeau pour le Trésor. Il remarque que le gouvernement emprunte 35 milliards de dollars pour honorer les intérêts des banques créancières de l'État, dette dont une partie minime pourrait servir à répondre aux besoins de l'éducation, de la santé et de l'agriculture. Surtout qu'en négociant avec les six ou sept banques concernées, l'État obtiendrait facilement une ristourne de cinq ou six milliards.
Ajoutant que le Sérail ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne s'aperçoit pas que, sans quiétude matérielle, l'enseignant ne peut pas se donner totalement à sa mission. Il souligne que l'État a reconnu le bien-fondé des revendications des enseignants sans pour autant leur donner satisfaction. À son avis, les enseignants doivent être autorisés à former un syndicat, droit démocratique élémentaire.
Passant au domaine politique, Frangié évoque les assertions loyalistes selon lesquelles si le 8 Mars décroche le pouvoir, le pays sera ruiné économiquement. Comment, s'exclame-t-il, un pays déjà en faillite peut-il être ruiné ? À l'en croire, en cas de victoire, le 8 Mars dirait franchement ce qu'il en est de la situation économique, pour que le peuple libanais réalise combien elle est catastrophique. Chaque année, la dette publique croît de cinq ou six milliards de dollars et les loyalistes, président Siniora en tête, chantent que tout va pour le mieux. Il promet qu'en accédant au pouvoir, le 8 Mars mettrait au pas les banques créancières du Trésor. Selon lui, elles prêtent à l'État à un taux de 12 %, alors qu'elles empruntent du public à un taux de 4 %. Les milliards obtenus à Paris III ont surtout servi à payer les intérêts. Peu de projets ont été réalisés, du reste à des fins électorales. Il parle de versatilité, de mensonge et, en face, de sincérité et de fidélité. Pour conclure que le 8 Mars fera ce qu'il pourra et dira franchement ce qu'il ne pourra pas accomplir.

