À Tyr, même si quelques candidats indépendants se présenteront aux élections, il n'y aura pas de bataille électorale. Une chose est claire, personne ne peut faire face au « bulldozer » Amal-Hezbollah.
Pour ces élections aussi, il n'y aura pas de tiraillements entre le mouvement Amal et le Hezbollah sur le partage des candidats. Même s'il est en train de perdre du terrain au Liban-Sud face à la milice chiite, le mouvement de Nabih Berry préservera ses deux députés à Tyr. C'est le cas d'ailleurs d'autres cazas de la région : le Hezbollah ne veut pas créer de dissensions supplémentaires sur le terrain au sein de la communauté, surtout que c'est lui qui tient depuis des années la décision politique.
Avant les élections de 2000, le mouvement Amal avait trois députés à Tyr et le Hezbollah un seul.
Une rumeur avait circulé dernièrement selon laquelle le Hezbollah donnerait un de ses deux sièges, à Tyr, au PCL qui présentera Saadallah Mazraani, originaire de Marjeyoun. Mais cette rumeur a été démentie par le député hezbollahi Mohammad Fneich, qui a indiqué à L'Orient-Le Jour que « la division des sièges restera la même entre le Hezbollah et le mouvement Amal à Tyr. Notre bataille n'est pas une bataille de sièges mais une bataille politique. Nous encourageons la poursuite de l'entente ».
De son côté, le secrétaire général du PCL, Khaled Hadadé, a affirmé à L'Orient-Le Jour qu'aucun candidat ne se présentera à Tyr.
Joint au téléphone par L'Orient-Le Jour, l'ancien député du caza Mohammad Abdel Hamid Beydoun a indiqué qu'il « est impossible, vu la situation actuelle, à un candidat indépendant de mener une campagne électorale. Avec les forces en présence sur le terrain, il est difficile d'agir, d'effectuer par exemple des visites dans les villages sans qu'il y ait des problèmes ».
Et pourtant certains candidats se présentent aux élections juste pour faire acte de présence, c'est le cas de plusieurs membres de la famille el-Khalil, notamment Eyad et Khalil el-Khalil. Ces candidatures ne peuvent en aucun cas arrêter la progression du bulldozer Amal-Hezbollah.
Appliquer la 1701
L'ancien député indique également qu'il faut prendre en compte les pressions, financières et sociales, subies par les électeurs de la région afin qu'ils votent Amal-Hezbollah. Il y a aussi le facteur de la peur au Liban-Sud, où c'est une milice qui tient la sécurité de la zone. « Le changement est un processus long et difficile ; pour cela il faut l'application de la 1701 », note Mohammad Abdel Hamid Beydoun.
En fait, pour que les choses changent au Liban-Sud, il faut que l'État libanais prenne les choses en main, qu'il soit seul responsable de la sécurité.
C'est ce même son de cloche que l'on entend auprès de l'ancien ambassadeur Khalil el-Khalil, fils de l'ancien député Kazem el-Khalil. M. Khalil se présentera aux prochaines élections même s'il sait d'avance qu'il ne siégera pas au Parlement.
Rappelant le rôle joué par sa famille à Tyr au fil des ans, il dénonce « ceux qui utilisent l'argent et les services pour récolter des voix », mettant l'accent sur « les millions et les millions de dollars, en provenance de l'étranger, utilisés par les partis politiques et distribués aux habitants du Liban-Sud ». « Si l'État était neutre, il empêcherait l'arrivée de ces fonds aux partis », ajoute-t-il.
Évoquant les pressions effectuées sur les électeurs, il souligne que « l'un de ses partisans vient d'être chassé de l'Office des eaux de Tyr. Au Liban-Sud, l'État n'est pas présent, il est juste là pour payer les salaires des fonctionnaires. Ce sont les partis qui font la loi dans la zone ».
M. Khalil souligne en conclusion qu'il aurait « aimé que les leaders de la révolution du Cèdre, qui parlent d'un Liban indépendant et souverain, prennent en compte la communauté chiite ; ils n'ont pas pris en compte les cazas et les régions où cette communauté fait le poids, notamment Tyr qui est le plus important caza chiite, comptant quatre députés ».
Les électeurs
Sur le plan des électeurs, Tyr compte des minorités chrétiennes et sunnites. Les chrétiens habitent notamment le vieux quartier de Tyr, chef-lieu de caza, Alma el-Chaab (à la frontière avec Israël), Cana et Derdghaya.
Les sunnites se trouvent notamment au chef-lieu de caza, dans le village de Berghliyé ainsi que dans sept localités à la frontière avec Israël, notamment Marwahine, Oum el-Tout, Yarine, Dhairé et Boustan.
Le nombre des électeurs inscrits est différent de celui des électeurs qui se présentent aux urnes. Ce dernier chiffre diffère selon les sources interrogées.
Mohammad Abdel Hamid Beydoun indique que le nombre des électeurs chiites qui se présentent aux urnes est d'environ 75 000, celui des sunnites de quelque 3 000, alors que celui des chrétiens est d'environ un millier.
Mohammad Fneich souligne de son côté que le nombre d'électeurs chiites qui se présentent aux urnes se monte à environ 96 000, celui des chrétiens à 7 000 et celui des sunnites à environ 10 000.
M. Khalil souligne dans ce cadre que les électeurs chiites qui se présentent aux urnes sont environ 75 000. Concernant les chrétiens, ils seraient 1 500 à Tyr, chef-lieu de caza, un millier à Alma el-Chaab, environ 300 à Cana, et quelque 300 à Derdghaya. Les sunnites seraient enfin 12 500 environ à aller voter.

