Deux semaines après la Banque mondiale, l'OMC est venue ajouter de l'eau au moulin de la grande peur du protectionnisme, dénoncé de toute part, y compris par ceux qui le pratiquent.
Ainsi dans son deuxième rapport sur les politiques commerciales de ses 153 membres dont l'AFP a obtenu une copie, l'organisation estime que, depuis janvier, « il y a eu un glissement significatif », avec une « augmentation des droits de douane, de nouvelles mesures non tarifaires et plus de recours à des mesures défensives » qui constituent des entraves au libre-échange.
Plus précisément, l'OMC, qui joue le rôle de gendarme du commerce mondial, s'inquiète de l'impact des plans de relance économique préparés par certaines grandes économies mondiales.
Certes, ces plans ont un rôle positif dans la mesure où ils permettent de lutter contre la crise, mais, relève l'OMC, « certains d'entre eux comportent des éléments - tels que les aides d'État et autres subventions - qui favorisent les produits et services nationaux aux dépens des importations ». Désavantageant de fait les concurrents.
Et d'évoquer les aides publiques aux secteurs de l'acier et de l'automobile, concoctées notamment par les États-Unis et certains pays de l'Union européenne dont la France.
Mais ces dernières ne sont pas les seules sur la longue liste contenue dans le rapport basée sur des informations de presse et des États membres. Au total, plusieurs pays ont, semble-t-il, franchi la ligne rouge dont l'Argentine, la Chine, l'UE, l'Inde, la Russie ou les États-Unis.
Alors que, selon le premier monitoring de ce type paru fin janvier, les membres de l'OMC avaient encore réussi à résister aux sirènes du protectionnisme, l'organisation reconnaît que cette fois la pression a été plus forte pour prévenir un chômage exponentiel face à la détérioration de la situation économique.
À Bruxelles, le directeur général de l'OMC Pascal Lamy s'est toutefois voulu confiant. Malgré des « dérapages », « je ne pense pas qu'il y ait un risque d'une forte intensification du protectionnisme », a-t-il assuré, expliquant que les règles actuelles de l'OMC en limitaient la possibilité.
Mais ces règles commerciales laissent encore une marge de manœuvre, a convenu M. Lamy, justifiant la nécessité de conclure au plus vite le cycle de Doha devant anéantir cette marge en ouvrant drastiquement les marchés mondiaux de l'agriculture et des produits industriels.
L'urgence est là, insiste l'OMC, car le commerce mondial confronté à une baisse drastique de la demande couplée à une baisse des crédits devrait plonger de 9 % en 2009, son plus fort recul depuis la Seconde Guerre mondiale.
M. Lamy compte bien le faire valoir le 2 avril à Londres.
Mais les promesses probables des vingt premières économies industrialisées et émergentes, qui représentent 80 % du commerce mondiale, seront à prendre avec prudence. Lors du précédent sommet de novembre à Washington, leurs dirigeants s'étaient fermement engagés à ne pas céder au protectionnisme et à conclure les deux principaux volets de Doha avant la fin de l'année.
Une étude de la Banque mondiale parue le 17 mars a révélé que 17 d'entre eux avaient pris depuis une série de mesures protectionnistes. Quant aux négociations de Doha, qui patinent depuis 2001, elles n'ont pas fait un pas de plus malgré un mois d'intenses discussions.

