Mais depuis que le gouvernement a autorisé en janvier le recours aux devises étrangères, les supermarchés reconstituent leurs stocks. Au même moment, la Banque centrale a arrêté d'imprimer les dollars zimbabwéens, privés de toute valeur dans un contexte d'hyperinflation record, chiffrée en milliards pour cent. Ces mesures commencent à porter leurs fruits : les prix en dollars américains ont décliné de 3,1 % en février par rapport à janvier, a annoncé mardi l'Office national des statistiques. Concrètement, un paquet de dix kilogrammes de farine de maïs - fréquemment utilisée pour préparer un bouillie épaisse appelé sadza - coûtait 12 USD en décembre, et n'en vaut plus que six aujourd'hui. De même, un paquet de deux kilos de sucre est passé de cinq à deux dollars et demi.
« Les choses reviennent à la normale », se réjouit Simbarashe Mawarire, gérant d'une succursale de la chaîne de supermarchés Savemor, qui avait dû fermer quatre rayons sur cinq l'an dernier. « Ce ne sont pas seulement les affaires qui ont repris, poursuit-il. Certains disaient que (le président Robert) Mugabe et (le Premier ministre Morgan) Tsvangirai ne pourraient jamais travailler ensemble, mais depuis le 11 février, les choses ont pris une nouvelle tournure. »
Le 11 février, c'est la date de la formation d'un gouvernement d'union nationale par ces rivaux historiques. Malgré des frictions, les deux hommes ont manifesté une volonté commune de redresser l'économie, qui s'est contractée d'au moins 45 % ces cinq dernières années. Leur coalition a ainsi levé des restrictions à l'importation et assoupli une politique de contrôle des prix aux conséquences désastreuses. En juin 2007, les autorités avaient imposé aux commerçants de diviser leurs prix par deux et de les geler à ce niveau. Les contrevenants, accusés de participer à un complot occidental pour déstabiliser Robert Mugabe, avaient été arrêtés. Et de nombreux producteurs, incapables de couvrir leurs coûts, avaient stoppé ou ralenti leur activité.
Les mois suivants, les rares magasins autorisés à vendre en devises étrangères ont pratiqué des prix quatre fois supérieurs à la moyenne régionale. Mais maintenant que tous les commerces sont à même enseigne, la concurrence les force à la modération.
« Au départ, les détaillants nous arnaquaient, mais la dollarisation a corrigé les distorsions du marché », souligne Tendai Muzadzi, un analyste financier indépendant de Harare. « Nous avançons dans la bonne direction en utilisant les monnaies étrangères, puisque cela permet aux prix de chuter. Auparavant la plupart des magasins avaient fermé une moitié de leur espace », rappelle-t-il. « La vente en devises étrangères a stabilisé nos prix, constate Kumbarirai Katsande, président de la Confédération des industries zimbabwéennes (CZI). Maintenant, il faut s'attaquer au problème des revenus, pour permettre aux gens d'acheter ces biens. »
Malgré l'amorce de désinflation, la plupart des Zimbabwéens, souvent privés de revenus dans un pays où le taux de chômage est de 94 %, peinent toujours à survivre.

