Kamal Medhat, de son vrai nom Kamal Nagi, est l'adjoint du représentant de l'OLP au Liban, Abbas Zaki. Il était l'un des principaux compagnons de Yasser Arafat lorsque ce dernier menait les activités de guérilla contre Israël à partir du Liban, dans les années 1970.
Âgé de 58 ans, il était dans le passé responsable des services de renseignements au Fateh, la principale composante de l'OLP.
Fait important, la voiture de Abbas Zaki était sortie du camp de Miyé Miyé dix minutes avant le convoi de Medhat, a précisé Mounir Maqdah, responsable du Fateh. Une autre source proche de cette formation a affirmé à la chaîne LBC que « c'était Abbas Zaki lui-même qui était visé par l'explosion, la voiture de ce dernier étant exactement la même que celle dans laquelle se trouvait Medhat ».
Parlant d'« assassinat », Fahmy al-Zaarir, porte-parole du Fateh en Cisjordanie, a indiqué à l'agence Reuters que Abbas Zaki, lui aussi en visite au camp de Miyé Miyé, était indemne.
Selon un porte-parole de l'OLP, Hicham el-Debsi, l'explosion s'est produite alors que Medhat sortait du camp de Miyé Miyé où il se trouvait pour tenter de rétablir le calme après la mort de deux Palestiniens apparemment tués dans une « querelle personnelle ».
L'attentat est survenu deux jours après un accrochage qui avait eu lieu au même endroit, remettant sur le tapis le problème de la sécurité à l'intérieur des camps de réfugiés palestiniens. Samedi dernier, deux personnes, dont un activiste du Fateh, ont été tuées dans une fusillade à Miyé Miyé. L'incident serait dû à une rivalité entre clans, que les dirigeants du Fateh venaient justement tenter de régler lundi.
Selon Mounir Maqdah, la bombe de 20 kilos de TNT qui a provoqué leur mort a été actionnée à distance.
La voiture de M. Medhat a été pulvérisée et projetée dans un terrain proche en raison de la puissance de l'explosion qui a produit un cratère de cinq mètres de profondeur. La deuxième voiture du convoi a été endommagée.
L'armée, déployée en force, a empêché les habitants du camp de s'approcher du lieu de l'attentat.
Réactions palestiniennes
« Ceux qui sont derrière cet attentat travaillent d'une manière ou d'une autre dans l'intérêt d'Israël », a accusé Abbas Zaki dans une déclaration télévisée.
Il a ensuite affirmé à l'AFP que ce « lâche » attentat aurait « des répercussions dangereuses sur les scènes libanaise et palestinienne », précisant que les responsables palestiniens « tentaient de calmer les esprits dans les camps ».
À Ramallah en Cisjordanie, le président palestinien Mahmoud Abbas, chef de l'OLP et du mouvement Fateh, a dénoncé un « crime terroriste ».
Le représentant du mouvement Hamas au Liban, Oussama Hamdane, a condamné l'attentat qui, a-t-il dit, vise à « déstabiliser la situation dans les camps ». Hamdane a estimé que Medhat avait contribué à atténuer les tensions entre factions palestiniennes. « On ne peut pas dire qui a commis ce crime », a-t-il dit à la chaîne de télévision du Hezbollah, al-Manar.
De source palestinienne au Liban, on relevait toutefois que Medhat avait joué un rôle dans la lutte interne pour le pouvoir au sein du Fateh. Une source sécuritaire proche du dossier palestinien a ainsi affirmé à L'Orient-Le Jour qu'il s'agirait effectivement d'un « règlement de comptes interpalestinien, plus précisément au sein même du Fateh ». Une hypothèse que nombre de factions palestiniennes ont vivement démentie, préférant avancer la thèse du « complot israélien » dont l'objectif serait de saboter les pourparlers interpalestiniens, au Liban comme au Caire. Dans les milieux palestiniens, le mot d'ordre est en tout cas à l'accalmie, seul moyen d'éviter des répercussions néfastes à l'intérieur des camps.
Membre du bureau politique du Front démocratique pour la libération de la Palestine, Ali Fayçal a affirmé que l'attentat a pour but de « ressusciter la tension interpalestinienne ».
Pour le secrétaire général du Fateh, Sultan Aboul-Aynaïn, cet assassinat « pourrait être un prélude à une série d'opérations qui viseraient de hauts responsables au sein du Fateh ».
Pour sa part, Mounir Maqdah, qui a pointé un doigt accusateur en direction des « agents israéliens », a insisté sur le rôle de médiation joué par Medhat notamment à Saïda. Il a précisé que ce dernier avait récemment fait part au chef de l'Autorité palestinienne ainsi qu'aux responsables des services de sécurité de « plusieurs tentatives d'assassinat le visant ». « Une tierce partie aurait profité de la situation », a affirmé Maqdah. Toujours selon ce dernier, Medhat aurait été écarté de son ancienne position au sein des services de renseignements, « à cause de discordes entre des responsables du Fateh ». Et de préciser que Medhat « était chargé de dossiers épineux et sensibles au sein des camps palestiniens ».
Le Liban condamne
Première à réagir, la ministre de l'Éducation, Bahia Hariri, a vivement condamné l'attentat dont a été victime « une personnalité qui a considérablement œuvré en faveur de la cause palestinienne ». Ce crime a visé, à ses yeux, « le processus de renforcement de la sécurité et de la stabilité dans le pays, à Saïda et dans les camps de réfugiés ».
Le chef de la majorité, le député Saad Hariri, qui a également stigmatisé l'incident, a pour sa part pris contact avec Abbas Zaki, pour lui présenter ses condoléances. Le ministre des Affaires étrangères, Faouzi Salloukh, a affirmé de son côté que l'assassinat « ne profite qu'à Israël ».
Pour le Hezbollah, les « empreintes sionistes sont claires ». Le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel-Amir Kabalan, a affirmé à son tour que l'attentat n'a d'autres objectifs que de « saper l'unité palestinienne et de brouiller le processus de sécurité et la stabilité dont jouit actuellement le Liban ».

