Le fonds Aabar, contrôlé par IPIC, propriété du plus riche des Émirats arabes unis, a apporté 1,95 milliard d'euros au propriétaire des voitures Mercedes-Benz et leader mondial des poids-lourds. En échange, il deviendra le premier actionnaire de Daimler, avec 9,1 % du capital, devant le Koweït (6,9 %).
« C'est un signal clair aux marchés que des investisseurs sont convaincus » de notre stratégie, s'est félicité hier le patron de Daimler, Dieter Zetsche, au cours d'une conférence de presse commune à Stuttgart, siège du constructeur. Pour l'Allemand, l'intérêt est triple : « Nous gagnons un actionnaire de long terme, nous renforçons notre solidité financière (...) et nous gagnons un partenaire fort » pour avancer sur des modèles propres, notamment les voitures électriques.
Abou Dhabi, de son côté, cherche à diversifier ses investissements au-delà du secteur énergétique. En Allemagne, l'émirat n'en est pas à son coup d'essai : il avait déjà approché Volkswagen, il y a quelques années, et IPIC a récemment racheté 70 % de la filiale de services industriels de MAN. « Je suis très positif vis-à-vis de l'industrie allemande. Quand on parle de l'Allemagne dans le Golfe, on parle de technologies, de bon management... », a expliqué Khadem al-Qubaisi, président d'Aabar, qui s'est dit amateur de Mercedes.
Pour apaiser les réserves souvent émises face aux fonds, le patron émirati a insisté : « Nous sommes un investisseur de long terme, pas seulement un investisseur financier. »
Les analystes interrogés par l'AFP étaient unanimes : « Étape juste et importante » pour Daimler qui en avait grandement besoin, selon le professeur Stefan Bratzel, « très positif » selon l'analyste de Nord LB Frank Schwope, « un beau et bon soutien » selon Christoph Stürmer de IHS Global Insight.
Comme ses concurrents, Daimler a vu ses ventes s'effondrer depuis l'automne, encaissant une perte de plus d'un milliard d'euros au dernier trimestre 2008. Pour 2009, il a déjà prédit une baisse de ses ventes. Surtout, il ne dispose pas de grand actionnaire disposé à le soutenir comme la famille Quandt chez BMW, avec plus de trois quarts du capital flottant. « C'est le seul constructeur européen qu'on pouvait racheter. Tous sont protégés, sauf lui », rappelle Frank Schwope. D'autant que le cours de Daimler a perdu près de 60 % de sa valeur en un an. C'était donc « le meilleur moment d'acheter », selon le président d'Aabar. Désormais, « avec deux grands actionnaires, cela donne un peu de sécurité », selon l'analyste de Nord LB. « Il s'agit d'un fonds qui est plutôt orienté sur le long terme, il n'y a donc pas d'effets négatifs à en attendre », ajoute le professeur Bratzel.
Mais cette bouffée d'oxygène ne signifie pas que « Daimler est sauvé », tempère Christoph Stürmer. « Près de 2 milliards d'euros, cela semble beaucoup. C'est seulement un peu plus que le coût d'une nouvelle série » de voitures, selon lui. Et Daimler détient toujours 19,9 % de son ancienne filiale américaine Chrysler. En cas de faillite, il pourrait encore perdre plusieurs milliards d'euros, rappelle M. Bratzel.

