Si dès le début des années 1930 Queneau s'aperçut que la langue grecque était partagée entre la langue cultivée écrite et la langue parlée de tous les jours - plus de flexions, plus de suffixes anciens, simplification extrême de la langue -, il s'était dit que ça allait être un jour la même chose en français. La langue de l'avenir serait donc l'oral. Dans ce contexte, notre grand poète Saïd Akl inventera à son tour, vers la fin du siècle dernier, une transcription du dialecte libanais en caractères latins. Quelques chiffres de 2 à 7 seront empruntés pour mettre en relief les sons gutturaux. Le but de nos penseurs de l'époque visait à abolir la différence dans la langue des littéraires et la langue de la rue. Un philosophe et un adolescent devaient pouvoir communiquer, sans traduction, et sans que l'un adopte son niveau de langage à l'autre. Ils n'auraient sans doute pas imaginé que le fruit de toutes leurs recherches allait aboutir au massacre de la culture par le clavardage. Le clavardage, ou cette nouvelle activité qui, par l'association de deux mots (clavier et bavardage), permet actuellement à un internaute d'avoir une conversation écrite, interactive et en temps réel, avec d'autres internautes. Les utilisateurs de tout âge de ce service se rencontrent sur des chaînes publiques ou bien privées. Chez nous, le résultat de l'émergence d'un parler spécifique puisant ses sources dans un mélange de trois langues de base (arabe, français, anglais) ne cesse de faire des ravages, surtout parmi les élèves qui ont oublié l'orthographe et la grammaire.
De plus, avec l'utilisation aussi des émoticônes pour désigner les mimiques, le gestuel, les attitudes, pour exprimer des humeurs ou des ironies et des descriptions physiques, le sens de la créativité et de l'imagination est en train d'éliminer l'intuition et l'intelligence.
En ce mois où l'on célèbre et la fête du Professeur et celle de la Mère, un retour aux sources est nécessaire pour pousser nos jeunes à puiser leur savoir dans des œuvres d'art à lire et écrire en respectant les règles de chaque langue.
Nazira A. SABBAGHA
Hommage aux femmes de mon pays
Il m'est souvent arrivé, au cours de ma longue vie, de rencontrer des émigrés rentrés au pays, après de longues années d'exil, pour choisir parmi les femmes libanaises celle qui serait pour eux la compagne de leur vie, parfaite au sens esthétique, maman idéale pour ses enfants et femme au foyer sachant gérer son budget, bonne cuisinière et femme active qui leur ferait honneur dans leur pays d'accueil ou au Liban.
À l'occasion de la Journée de la femme que l'on vient de célébrer, il est du devoir de chacun d'apprécier à sa juste valeur les qualités de nos épouses, de nos mères, de nos compagnes.
Mes longues pérégrinations à travers le monde m'ont permis de juger de la différence qui existe entre une femme occidentale généralement trop libre, une femme orientale des pays voisins toujours ancrée dans ses habitudes ancestrales, et la femme libanaise qui sait être moderne sans être provocante, aimante sans être étouffante, bonne mère sans être fatigante et bonne épouse sans être encombrante.
Merci à toutes les femmes de mon pays, à qui je souhaite une bonne fête et je leur dis : « Continuez à rester un exemple pour vos sœurs orientales et un modèle pour les femmes du monde entier. »
Raymond NAHAS
À Abdallah Lahoud
« Si les souvenirs ne sont pas évoqués encore et encore, ils s'en vont », disait Kundera dans L'ignorance.
Merci, cher Youssef, de nous avoir invités à participer à cette cérémonie du souvenir, car il y a des moments comme celui-là où l'on se sent fier d'appartenir à un peuple qui a compté parmi ses grands un érudit doublé d'un poète doté d'une vision. Vision d'une nation qu'il aurait voulue à la mesure de ses attentes et dont il pouvait aussi railler avec humour les travers. Nous devons à la mémoire de ces hommes-là de continuer à lutter pour la liberté, les droits et la culture.
Dolly TALHAMÉ

