Environ 12 000 Arméniens, dont 7 000 à 8 000 habitent Bagdad, vivent aux côtés de 29 millions d'Irakiens en grande majorité musulmans. Dans les années 1950, ils étaient entre 35 000 et 40 000, survivants ou descendants de ce qui est présenté par des historiens indépendants comme le génocide arménien de 1915. Depuis 2003 et l'invasion par une coalition dirigée par les Américains, au moins 45 Arméniens ont été tués dans les violences confessionnelles ou liées à l'insurrection, tandis que 32 autres ont été enlevés contre rançon, dont deux sont toujours portés disparus.
Historiquement, les Arméniens n'ont jamais représenté une menace pour le régime en place. Ils étaient proches des pachas de l'Empire ottoman puis des Britanniques durant leur règne colonial. L'ancien président irakien, Saddam Hussein, renversé en 2003, ne les voyait pas non plus comme un danger. Il « respectait les Arméniens, raconte l'archiprêtre avec un soupçon de nostalgie. Dans ses résidences, quasiment tous les employés étaient arméniens, les nounous, son tailleur personnel, le menuisier, le photographe officiel. » « Nous avons une dette envers les Arabes, poursuit-il. Ils ont tout fait pour nous accueillir. Ils nous ont permis de vivre et de nous élever dans les rangs de la société. »
Les exemples d'Arméniens prospères ne manquent pas dans l'histoire irakienne. La famille Iskandarian possède aujourd'hui une partie de la zone verte, le secteur ultraprotégé du centre de Bagdad, qui accueille le siège du gouvernement et l'ambassade des États-Unis. La famille Kouyoumdjian possède d'importants territoires à Falloujah, ancien épicentre de l'insurrection antiaméricaine. Elle était en affaires et avait des liens familiaux avec Kalouste Gulbenkian, richissime financier connu il y a près d'un siècle sous le nom de « Monsieur 5 % », soit le montant de ses droits sur le pétrole irakien. Dikran Ekmekjian, titulaire du titre de MBE (Member of the Order of the British Empire) pour services rendus, a contribué à la première administration irakienne après l'indépendance en 1932. L'histoire de Sarah al-Zangina (Sarah la riche en arabe), héritière arménienne déchue, dont l'immense fortune fut, paraît-il, dilapidée par un notaire peu scrupuleux, a fait le bonheur de la télévision satellitaire irakienne.
Dans le centre de Bagdad, la principale église arménienne est sise sur un complexe incluant une école, un archevêché et un cimetière de 5 000 m2. Une explosion a soufflé les vitres de l'une de ses façades, mais l'église a été fraîchement repeinte. Si l'invasion de 2003 a vu le départ de milliers d'Arméniens en Arménie, Syrie et Liban, ou aux États-Unis, en Suède et aux Pays-Bas, « nombre d'entre eux commencent à revenir grâce à l'amélioration de la sécurité », se réjouit l'archiprêtre Ishkhanian.
Haro CHAKMAKJIAN (AFP)

