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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’autre longue marche

Au pays de tous les dangers, une menace de crise, encore une, vient d'être provisoirement écartée qui aurait représenté le dernier pas sur la pente menant au précipice, avec tous les risques que cela aurait comporté pour l'ensemble de l'ancien « Raj ». Destitué par l'ancien chef de l'État Pervez Musharraf, fin 2007, Iftikhar Chaudhry sera rétabli dans ses fonctions de président de la Cour suprême ; les juges licenciés retrouveront leur postes pas plus tard que samedi ; les opposants arrêtés, plusieurs centaines, recouvreront incessamment leur liberté ; et les manifestations sont de nouveau autorisées. Il va sans dire que l'assignation à résidence de l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif est levée, qui était restée lettre morte puisque l'intéressé avait pris en week-end la tête d'une « longue marche » - ô mânes de Mao... - censée conduire des dizaines de milliers de ses partisans aux portes de la capitale. Objectif : faire tomber le gouvernement, et pendant que l'on y est, le régime de l'ennemi abhorré, Asif Ali Zardari, installé dans un siège éjectable.
Les premiers à se féliciter de cet épilogue heureux sont les Américains, qui redoutaient hier, à partir de ce volcan qu'est devenue la république jadis fondée par Ali Jinnah, une coulée de lave susceptible d'embraser toute la région. Un pas substantiel sur la voie de la réconciliation nationale, s'est réjouie l'ambassade US, conseillant, dans la foulée, une coopération de tous à la consolidation pacifique de la démocratie. Il y avait des jours que le département d'État se démenait pour éviter l'éruption. Dès jeudi, l'ambassadrice Anne Patterson « suggérait » fermement au leader de l'opposition de rencontrer le président, tandis que Richard Holbrooke, le conseiller de Barack Obama pour le Pakistan et l'Afghanistan, entreprenait de calmer les esprits, lancés dans une surenchère effrénée propre à détourner l'attention du combat contre les talibans, objectif numéro un de la diplomatie yankee. Or l'instabilité rampante n'a fait que gagner du terrain ces derniers temps, attisée par les multiples faux pas du gouvernement. C'est ainsi qu'après la multiplication des incursions, dans la vallée de Swat, les étranges « étudiants en religion », avaient fini par obtenir gain de cause : en vertu d'un cessez-le-feu, il leur était permis d'instaurer dans l'enclave, jadis destination touristique par excellence, une charia en bonne et due forme, un accord critiqué par de nombreux observateurs comme signifiant une capitulation, et embarrassant les militaires, embarqués depuis des mois dans des affrontements sporadiques. À cela étaient venues s'ajouter des attaques contre les convois militaires de l'Alliance atlantique transitant par la FATA (Federally Administered Tribal Areas) puis la destruction, début février, d'un important pont d'approvisionnement à travers la passe de Khyber, dans le secteur nord-ouest. La tension montait encore d'un cran après le coup de force perpétré à Bombay, par les hommes du groupe pakistanais Lashkar-e-Taïba et dans lequel New Delhi voyait la main des hommes de l'ombre du tout-puissant ISI voisin (Inter-Services Intelligence).
Washington croit ferme que Sharif est proche des islamistes, une conviction alimentée par des rumeurs dues autrefois à Musharraf et depuis quelque temps à Zardari. En tant que président du Conseil, rappellent les deux hommes, il avait tenté de faire passer une législation islamique. Le texte avait été adopté à l'époque par l'Assemblée nationale avant d'être rejeté par le Sénat. Bien entendu, l'intéressé nie en bloc et plaide pour un large front face au radicalisme. Son argument : « Si nous combattons la démocratie, comment allons-nous organiser le combat contre le terrorisme ? » Il dément aussi toute velléité de l'armée à sortir de ses casernes pour imposer un ordre militaire. Même si c'est lui qui avait nommé autrefois l'actuel commandant en chef, le général Ashfaq Kayani.
L'autre face du problème est représentée par la crise économique. En octobre, le Fonds monétaire international avait consenti, à des conditions humiliantes, une injection de 7,6 milliards de dollars, alors que les réserves de change venaient d'atteindre la cote d'alerte. Une aide bienvenue, mais cependant insuffisante, à l'heure du tsunami qui balaie les places financières mondiales. Le pays a besoin, pour se maintenir à flots, de 5 milliards supplémentaires, mais surtout d'un strict contrôle de ses dépenses, avait décrété le Conseil atlantique.
Le Pakistan, c'est le sixième pays le plus peuplé (150 millions d'habitants) et le numéro deux musulman après l'Indonésie. Il représente en outre une puissance nucléaire, tout comme son voisin du nord-est, et donne refuge - à son corps défendant, plaide-il - aux commandos d'el-Qaëda, aux guerriers talibans et aux farouches Pachtouns. Si, à ce cocktail hautement explosif, devait s'ajouter une lutte entre chefs militaires, comme c'est le cas actuellement, on imagine sans peine les dégâts énormes que cela entraînerait.
« C'est un jour historique, qui va changer la destinée du pays », scandait la foule hier. Pour le meilleur, on veut le croire.
Au pays de tous les dangers, une menace de crise, encore une, vient d'être provisoirement écartée qui aurait représenté le dernier pas sur la pente menant au précipice, avec tous les risques que cela aurait comporté pour l'ensemble de l'ancien « Raj ». Destitué par l'ancien chef de l'État Pervez Musharraf, fin 2007, Iftikhar Chaudhry sera rétabli dans ses fonctions de président de la Cour suprême ; les juges licenciés retrouveront leur postes pas plus tard que samedi ; les opposants arrêtés, plusieurs centaines, recouvreront incessamment leur liberté ; et les manifestations sont de nouveau autorisées. Il va sans dire que l'assignation à résidence de l'ex-Premier ministre...
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