Dans un mot d'introduction, M. Souhaid a mis l'accent sur le caractère crucial du scrutin du 7 juin, précisant qu'il se déroule à l'ombre de « grands changements régionaux et internationaux ». « Ces élections, a déclaré M. Souhaid, constituent un référendum sur l'avenir du Liban et sur le projet d'édification de l'État. » Après avoir souligné que le vote des électeurs influera non seulement sur la situation du pays au cours des quatre prochaines années, mais également sur le devenir des électeurs et leur mode de vie au cours des décennies à venir, M. Souhaid a déclaré : « Le salut du Liban nécessite une entente entre les Libanais sur la nécessité de ne pas accepter que le Liban soit utilisé sur les plans politique, militaire et sécuritaire dans des conflits régionaux totalement étrangers à ses intérêts nationaux. Le Liban reste attaché à tous ses engagements politiques et diplomatiques pour ce qui a trait à la solidarité arabe et aux causes arabes justes, dont notamment la cause palestinienne. L'entrée en matière à la réalisation d'un tel objectif vital portant sur l'indépendance du Liban, sa souveraineté et sa prospérité réside dans l'application de la résolution 1701 qui représente le cadre adéquat à la réalisation de cet objectif. Cette résolution n'est nullement "partisane". Elle n'a pas été imposée par le 14 Mars. Il s'agit d'une résolution avalisée unanimement par les Libanais, dont les forces du 8 Mars qui l'ont approuvée à deux reprises : en 2006 afin de mettre fin à l'agression israélienne, et en 2008 dans le cadre de la déclaration ministérielle de l'actuel gouvernement. »
La teneur du programme commun
M. Souhaid a ensuite souligné que les lignes directrices susmentionnées constituent « le prélude, voire la condition essentielle à la réalisation des aspirations des Libanais portant sur 14 points soulevés par le programme des forces du 14 Mars ». Ces 14 points sont les suivants :
1 - Protéger le Liban des agressions israéliennes et récupérer les fermes de Chebaa par le biais de l'application de la résolution 1701.
2 - Imposer l'autorité de l'État sur tout le territoire conformément à l'accord de Taëf de manière à ce qu'il n'y ait d'autres armes et d'autre autorité que les armes et l'autorité de l'État.
3 - Mettre fin au différend avec la Syrie, laquelle a opté depuis 1974 pour une politique de neutralité militaire. Établir avec la Syrie des relations normales et amicales conformément à l'accord de Taëf, sur base de la fraternité, de l'égalité et des intérêts communs. Cela nécessite l'arrêt de l'ingérence syrienne dans les affaires libanaises, le parachèvement de l'établissement de relations diplomatiques, lesquelles constituent un acquis pour le Liban indépendant, ainsi que le contrôle et la délimitation des frontières entre les deux pays, à commencer par les fermes de Chebaa, le règlement du problème des prisonniers libanais dans les geôles syriennes, l'élimination des bases militaires présentes en dehors des camps et soumises concrètement aux ordres syriens, et la révision des accords inéquitables conclus à l'époque de la tutelle syrienne.
4 - Assurer la cohésion entre le Liban et la communauté internationale sur base de la Charte des Nations unies et des résolutions internationales ; éviter de pousser le Liban dans une confrontation avec la communauté internationale sous des prétextes sectaires en contradiction avec son intérêt et sous le couvert de slogans contraires à la nature pluraliste du pays ; dynamiser le message du Liban en termes de coexistence et d'interaction entre les cultures, et cela en soutenant les initiatives visant à faire du Liban un centre international pour le dialogue des civilisations et des cultures, comme l'a suggéré le président de la République.
5 - Relancer le rôle arabe du Liban et sa contribution à réaliser la solidarité arabe, condition sine qua non à la satisfaction des droits arabes ; réaffirmer l'engagement du Liban en faveur de la lutte du peuple palestinien et son unité sous la conduite de l'OLP afin d'établir un État palestinien indépendant ayant Jérusalem pour capitale, dans le cadre de la solution bâtie sur les deux États et dans le cadre de l'initiative arabe de paix, de manière à faire face à la vague d'extrémisme, notamment l'extrémisme israélien.
6 - Réaffirmer l'engagement ferme à s'opposer à l'implantation des Palestiniens et approuver la proposition de loi en vue d'un amendement constitutionnel, présentée à ce propos par des députés du 14 Mars depuis plus de 6 mois. Cette proposition de loi impose que tout amendement de la clause constitutionnelle relative à l'implantation devrait être approuvé à l'unanimité à la Chambre.
7 - Parachever l'édification de l'État sur base de la formule de coexistence, en se conformant à l'esprit et à la lettre de l'accord de Taëf et de la Constitution, dans le but d'édifier un État civil et démocratique garantissant l'égalité entre les citoyens au plan des droits et des devoirs, indépendamment de leur appartenance religieuse, et garantissant aussi la présence libre des communautés, indépendamment de toute considération politique ou de nombre ; approuver une loi électorale moderne et abaisser l'âge de vote à 18 ans ; réformer les services de l'État et les libérer des conflits confessionnels et politiques ainsi que du clientélisme et de la corruption, dans le cadre d'une décentralisation administrative élargie ; inciter les responsables à se conformer à leurs prérogatives définies dans la Constitution afin d'éviter les agissements obstructionnistes tels que ceux qui se sont produits par le passé.
8 - Se conformer aux impératifs du Tribunal spécial pour le Liban afin de dévoiler la vérité et établir la justice (...).
9 - Assurer les crédits nécessaires pour parachever le retour de tous les déplacés.
10 - Protéger le Liban des retombées de la crise financière internationale, préserver la stabilité monétaire, maintenir l'inflation à des niveaux bas afin de protéger le pouvoir d'achat des personnes à revenus limités, élaborer un programme efficace pour gérer la dette publique et diminuer l'endettement, et profiter au maximum des acquis de la conférence Paris III.
11 - Se conformer à des politiques économique, financière et monétaire favorisant le développement équilibré au niveau de tous les secteurs productifs et dans toutes les régions ; abolir les obstacles qui entravent les investissements ; réduire le coût des projets en accordant la priorité aux secteurs et aux projets producteurs d'emplois ; développer la convention sociale entre l'État et les partenaires sociaux et élargir le champ des services médicaux, pédagogiques et sociaux, conformément aux besoins et aux droits fondamentaux des citoyens ; dynamiser les réseaux de solidarité sociale au bénéfice des plus démunis, en coopération avec la société civile.
12 - Assurer une plus grande participation de la femme dans la vie politique, économique et sociale (...) ; amender les législations, notamment la loi électorale, qui empêchent d'accorder à la femme ses droits.
13 - S'engager à dynamiser la diaspora libanaise pour mettre en place un réseau externe de solidarité afin de soutenir l'indépendance du Liban, sa stabilité et sa prospérité ; réaliser l'égalité au niveau des droits et des devoirs entre les Libanais résidents et ceux de la diaspora, notamment pour ce qui a trait au droit de vote ; œuvrer à faciliter la restitution de la nationalité libanaise aux personnes d'origine libanaise ; faciliter l'enregistrement des Libanais de la diaspora ; octroyer aux émigrés des facilités pour travailler et investir au Liban.
14 - Mettre un terme à la dégradation de l'environnement par le biais d'une stratégie nationale de développement continu prévoyant la publication des décrets d'organisation de la loi sur l'environnement, l'application du décret sur le patrimoine environnemental, l'octroi d'avantages économiques aux institutions qui incluent le facteur écologique dans leur processus de production ; stimuler l'utilisation d'énergies renouvelables et l'agriculture bio, protéger les ressources hydrauliques et la qualité de l'eau ; stimuler le tourisme qui respecte l'équilibre écologique ; protéger la richesse forestière et les espaces verts ; régler le problème des déchets solides, liquides et gazeux.
Pour un pacte socio-économique
Après avoir donné lecture de ce programme commun, Farès Souhaid a souligné que les forces du 14 Mars s'engagent à mener la campagne électorale, en faisant preuve de solidarité, « dans toutes les circonscriptions électorales, en collaboration avec les forces et les personnalités qui partagent avec nous ces valeurs et ces objectifs ». « Les forces du 14 Mars, a précisé M. Souhaid, s'engagent à mettre sur pied un cadre parlementaire commun englobant tous les candidats du 14 Mars qui remporteront les élections. Les députés du 14 Mars s'engagent à se conformer à ces points (susmentionnés), de même que les forces du 14 Mars s'engagent à retourner aux normes constitutionnelles en termes de pouvoir et d'opposition, tout en faisant preuve d'ouverture pour ce qui a trait à une participation véritable (au pouvoir) conformément aux pratiques démocratiques parlementaires, loin de la logique obstructionniste, que ce soit à l'intérieur ou en dehors des institutions. Par ailleurs, les forces du 14 Mars, conscientes du fait que le règlement des problèmes quotidiens des citoyens et l'amélioration de leurs conditions de vie doivent être la priorité de tout pouvoir national responsable, s'engagent à placer en tête de leurs priorités, après les élections législatives, la tenue d'un congrès socio-économique afin d'élaborer un pacte de vie digne, parallèle au pacte de coexistence. »
Et Farès Souhaid de conclure : « Le projet des forces du 14 Mars ne vise à éliminer personne. Nous désirons tourner la page du conflit interne et rétablir les ponts entre les Libanais. Le 31 mai 2007, au lendemain de la formation du tribunal international, nous avons tendu la main à l'autre partie, l'invitant à un compromis historique dont les grandes lignes ont été définies par l'accord de Taëf (...).
Aujourd'hui, nous réitérons cet appel dont il ressort que dans le but de dépasser le clivage apparu à l'occasion de la deuxième indépendance, en 2005, il est nécessaire de : fusionner les deux acquis fondamentaux de l'histoire contemporaine du Liban, à savoir la libération et l'indépendance (de 2005) ; admettre qu'il est impossible d'édifier l'État sur base d'un dipôle ou d'un système de trois pôles communautaires, de même qu'il est impossible d'édifier le Liban à l'image ou aux conditions d'une seule communauté ; admettre qu'il est impossible d'édifier l'État en accordant la priorité aux liens et aux intérêts régionaux et étrangers au détriment du partenariat interne. Le 7 juin est une étape charnière dans le processus historique entamé le 14 mars 2005. Le 7 juin devrait être un passage vers l'État, vers le Liban de Taëf, le Liban de la 1701, et le Liban de l'initiative arabe de paix. »


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