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Liban

L’horloge, l’abribus et le jardin public

Trois miniprojets d'utilité publique ont permis à une association de mobiliser les jeunes de la région de Tyr. Ceux-ci se sont montrés efficaces et se disent capables de bien plus.
Donnez aux jeunes du Liban les moyens de faire de grandes choses et ils ne vous décevront pas. C'est le message qu'a voulu faire passer une association de Saida, la Mission bleue, en imaginant une démonstration à petite échelle. Un petit groupe de jeunes adultes ont été sélectionnés dans le sud du pays, autour de Tyr, pour prendre en main de miniprojets de développement dans leurs villages : après une courte formation, ils ont été chargés de recruter eux-mêmes des bénévoles pour définir et mettre en place des programmes de travail. Trois clubs de jeunesse ont ainsi vu le jour dans trois villages, regroupant en tout cent vingt personnes. Ils ont travaillé ensemble pendant plusieurs semaines pour réaliser un projet dans chacun des villages : il s'agissait pour l'un de faire construire une horloge sur une place publique, pour le deuxième de mettre en place une série d'abribus sur les routes de la commune et de ses environs, et pour le troisième d'aménager un jardin public avec des attractions pour les enfants.
« Évidemment, notre véritable objectif n'était pas la construction d'une horloge ou l'aménagement d'un jardin », explique Hanadi el-Bizri, directrice générale de la Mission bleue. Son ambition était en réalité de mobiliser un maximum de jeunes en leur confiant une mission précise et en leur donnant les moyens techniques de la mener à bien ; à eux revient d'organiser leur travail et de faire les efforts nécessaires pour réussir. C'est la directrice qui a eu l'idée des noyaux de travail : en s'occupant d'abord d'un nombre de personnes restreint, il serait ensuite facile de développer le programme en chargeant le premier groupe d'en entraîner un second plus large, et ainsi de suite.

5 000 dollars pour un miniprojet
La première étape du parcours a duré un mois et demi, au cours desquels vingt-cinq adultes de 18 à 25 ans, sélectionnés dans plusieurs villages de la région de Tyr, ont suivi un entraînement intensif dans les locaux de la Mission bleue, à Saïda. « Nous avons établi des thèmes de formation très simples, raconte Mme el-Bizri. Nous voulions les faire réfléchir sur les manières d'accepter l'autre, de régler les problèmes sans violence, d'organiser son temps efficacement. » Issus de communautés différentes, aux relations souvent tendues, les participants ont ainsi pu apprendre à communiquer hors du contexte auquel ils sont habitués. Les formateurs de l'association leur ont appris à gérer les situations de conflit dans lesquelles ils risquaient de se retrouver lorsqu'ils démarreraient le programme dans leurs villages.
Au terme de cette période de stage, les vingt-cinq jeunes adultes se sont réparti le travail entre trois communes - Toura, Bazourieh et Maarakeh - fondant un club de jeunesse dans chaque localité. Chaque club a recruté une quarantaine de bénévoles pour réaliser le miniprojet dont il avait la charge et s'est vu remettre une enveloppe de 5 000 dollars par l'agence humanitaire américaine USAid, sponsor du programme. La nature des projets a été décidée par les jeunes eux-mêmes avant d'être approuvée par l'association.

Une mobilisation utile
Le jardin public, à Toura, doit avoir une fonction sociale : réunir les habitants des différentes communautés du village autour des jeux d'enfants et d'un espace de verdure. À Bazourieh, l'horloge a une vocation esthétique et doit marquer au centre du village la volonté qu'ont ces jeunes de travailler ensemble. Autour de Maarakeh, enfin, les huit abribus répartis dans six villages doivent se révéler d'une grande utilité pour les nombreux enfants qui attendent leur bus tous les matins pour aller à l'école, souvent en temps de pluie.
« Ça m'a toujours fait mal au cœur, raconte une des bénévoles, de voir ces enfants attendre le bus au bord de la route, dans le froid, complètement trempés. Aujourd'hui, je les vois debout sous nos abris, et je suis fière d'avoir aidé à améliorer un peu leur vie quotidienne. » Les trois projets ont vu le jour avec succès et sont aujourd'hui presque entièrement achevés. La limite des 5 000 dollars par projet a été respectée, parfois grâce à un coup de pouce des municipalités ou à l'aide d'une astuce commerciale. Ainsi, les cadrans de l'horloge de Bazourieh ont été offerts par un horloger en échange d'une mention publicitaire.

Des jeunes capables de beaucoup plus
Hanadi el-Bizri est resté aux côtés des bénévoles pendant toute la durée des travaux, mais sans jamais intervenir directement dans leurs décisions. « Je leur ai donné des conseils, explique-t-elle, je leur ai signalé leurs erreurs, mais je les ai toujours laissé faire leurs choix, même lorsque je n'étais pas personnellement du même avis. » Le but de l'initiative était de confier une véritable responsabilité à ces jeunes, et ça a marché : ils ont tous pris leur rôle au sérieux et sont venus au bout du travail en vrais professionnels.
Par ailleurs, cette activité de plusieurs semaines a créé entre eux un réseau d'amitié qu'ils n'avaient jamais connu à cette échelle, n'étant pas habitués à travailler en groupes, au-delà des barrières communautaires. Les clubs créés dans les trois villages pour mettre en place l'horloge, les abribus et le jardin public devraient aujourd'hui continuer leur activité, prenant en charge de nouveaux projets et faisant des émules dans les environs.
La Mission bleue a profité de la création de ces clubs pour organiser plusieurs journées à thèmes, réunissant les membres du programme autour d'activités ludiques ou d'intérêt commun. Compétitions sportives, défense de l'environnement, initiations artistiques : il n'y a pas de mauvais prétexte pour mobiliser les jeunes. Lors de la Journée mondiale contre le sida, l'association a organisé pour eux des séminaires d'information sur la maladie et n'a pas hésité à les envoyer dans les rues pour distribuer des brochures de prévention, dans une région encore marquée par le silence sur ce sujet sensible. Hanadi el-Bizri est fière d'eux : « Ils savent tout faire, dit-elle, ils peuvent tout faire. Il suffit de leur montrer le chemin. Ils attendent qu'on les aide un peu, et c'est parti. Quoi qu'on en dise, je sais qu'il peut y avoir beaucoup d'avenir pour les jeunes de ce pays. »
Donnez aux jeunes du Liban les moyens de faire de grandes choses et ils ne vous décevront pas. C'est le message qu'a voulu faire passer une association de Saida, la Mission bleue, en imaginant une démonstration à petite échelle. Un petit groupe de jeunes adultes ont été sélectionnés dans le sud du pays, autour de Tyr, pour prendre en main de miniprojets de développement dans leurs villages : après une courte formation, ils ont été chargés de recruter eux-mêmes des bénévoles pour définir et mettre en place des programmes de travail. Trois clubs de jeunesse ont ainsi vu le jour dans trois villages, regroupant en tout cent vingt personnes. Ils ont travaillé ensemble pendant plusieurs semaines pour réaliser...
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