Acclamé par des dizaines de militants de son parti, Roy Bennett, qui avait été désigné vice-ministre de l'Agriculture juste avant son arrestation, a dès sa sortie de prison dénoncé les « graves violations des droits de l'homme » dans les établissements pénitentiaires. « Les gens souffrent (...) Ils n'ont qu'un seul repas par jour », a déclaré avec sa fougue habituelle cet ancien fermier de 52 ans, qui avait l'air en bonne santé. « Cinq personnes sont mortes quand j'y étais et les responsables de la prison ont mis quatre à cinq jours pour enlever les corps », a ajouté M. Bennett, visiblement ému par l'accueil chaleureux des militants du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Il a ensuite prévu de se rendre dans la localité voisine de Buhera pour rendre hommage à la femme de M. Tsvangirai, décédée vendredi dans un accident de la route, puis de revoir sa famille à Harare.
Après un mois de bataille judiciaire, la Cour suprême a finalement tranché mercredi en faveur de M. Bennett. Elle a rejeté la veille un appel de l'État, permettant ainsi sa remise en liberté contre une caution de 5 000 dollars américains et le dépôt de son passeport ainsi que d'un titre de propriété. Il doit aussi pointer trois fois par semaine au commissariat, les charges pesant contre lui n'ayant pas été levées. M. Bennett avait été arrêté le 13 février, jour de la prestation de serment du gouvernement d'union formé par l'ex-opposant Morgan Tsvangirai et le président Robert Mugabe, dont il devait faire partie. Un tribunal de Harare avait ordonné 11 jours plus tard sa mise en liberté contre une caution de 2 000 dollars américains. L'État avait cependant multiplié les procédures et saisi la Cour suprême pour maintenir en détention le trésorier du MDC, accusé d'avoir eu l'intention de commettre des actes de sabotage et de terrorisme.
L'affaire Bennett est devenue un symbole des nombreux défis rencontrés par le nouveau gouvernement d'union. Roy Bennett « a été relâché suivant un long processus judiciaire », a souligné l'expert juridique Lovemore Madhuku. « Il a été libéré, mais cela ne signifie pas que l'atmosphère a changé », a-t-il prévenu.

