Quant au contenu des propositions à faire aux talibans, M. Biden a souligné qu'il appartenait au gouvernement du président afghan Hamid Karzaï de mener ces travaux d'approche. L'essentiel, a-t-il dit, est que « cela ne sape pas la légitimité » du gouvernement de Kaboul.
Soulignant le succès de la stratégie américaine en Irak consistant à faire venir des insurgés sunnites à la table des négociations en les éloignant d'el-Qaëda, M. Obama avait indiqué qu'il « pourrait y avoir des occasions similaires en Afghanistan et dans la région pakistanaise ». M. Biden, en évoquant lui aussi le précédent irakien, a souligné que « l'idée que tous les sunnites soutenaient el-Qaëda était tout simplement fausse ». « Nous cherchons des solutions pragmatiques afin d'atteindre notre but, qui est que l'Afghanistan ne soit pas un havre pour les terroristes, et soit capable de se gouverner seul et de veiller à sa propre sécurité », a encore expliqué M. Biden. Tout en estimant, comme M. Obama, que « nous ne gagnons pas aujourd'hui la guerre en Afghanistan », le vice-président a néanmoins assuré qu'elle était « loin d'être perdue ».
La réaction des talibans ne s'est pas fait attendre. « Cela n'appelle ni réponse ni réaction, car cela est illogique », a déclaré Qari Mohmmad Yousuf, porte-parole des talibans, que Reuters priait de dire si le numéro un des talibans, le mollah Mohammad Omar, réagirait à la proposition de M. Obama. « Les talibans sont unis, ils ont un dirigeant, un objectif, une politique (...). J'ignore pourquoi ils (les Américains) parlent de talibans modérés et ce que cela signifie ». Il a réaffirmé qu'à leurs yeux, le départ des troupes étrangères d'Afghanistan était la seule solution à la guerre en cours.
Pour sa première visite à Bruxelles, M. Biden a « écouté » pendant deux heures les ambassadeurs des 26 pays de l'OTAN au siège de l'Alliance atlantique sur la « stratégie commune » à adopter en Afghanistan et au Pakistan. Il a rappelé que la nouvelle administration Obama procédait à une révision d'ensemble de la politique américaine en Asie centrale et qu'il était venu recueillir l'opinion des alliés des États-Unis. « Quand nous bâtissons ensemble une stratégie, elle fonctionne », a-t-il insisté au début de la réunion. Après les discussions, il a promis que la nouvelle vision américaine tiendrait compte des « préoccupations » et des « priorités » exprimées par les Européens et serait prête « avant la fin du mois », à temps pour le sommet de l'OTAN prévu les 3 et 4 avril à Strasbourg (France) et Kehl (Allemagne).
Pour sa part, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, n'a pas exclu l'arrivée au pouvoir de talibans à l'occasion de l'élection présidentielle, dans un entretien publié lundi par Le Figaro. « Nous devons respecter le résultat des prochaines élections quel qu'il soit », a souligné M. Kouchner. « Si des talibans nationalistes parviennent au pouvoir par les urnes et respectent la Constitution, c'est l'affaire des Afghans », ajoute-t-il. « Ce que nous refusons, c'est le soutien au jihadisme international », fait-il valoir.

