L'ancien PDG du géant pétrolier Ioukos, déjà condamné à huit ans de prison en 2005 au terme d'un premier procès, et son associé Platon Lebedev se sont serré la main en prenant place dans le box des accusés. Changement de décor très symbolique pour cette nouvelle affaire dont chaque rebondissement sera scruté de près, une vitre blindée a remplacé la traditionnelle cage à barreaux. Les premières audiences préliminaires, destinées à examiner des questions de procédure, se déroulent à huis clos. Elles doivent se poursuivre aujourd'hui dans la matinée.
L'ex-PDG et son associé comparaissent pour le détournement de pétrole à hauteur de 900 milliards de roubles (25 milliards de dollars) et le blanchiment des sommes tirées de la revente de ce brut, des accusations jugées « délirantes » par leurs avocats. La défense, qui dénonce une nouvelle affaire politique, a réclamé le renvoi du procureur Dmitri Chokhine, déjà omniprésent dans le premier procès de M. Khodorkovski, une demande rejetée hier par le juge. « Ils veulent à tout prix arriver à leur fin (...). Ils n'ont aucune preuve. Comment pourrait-il y en avoir quand rien n'a été commis ? » a affirmé l'avocat Vadim Kliouvgant devant la presse. Le premier procès a souvent été perçu comme inspiré par l'entourage de Vladimir Poutine, alors président, pour rétablir le contrôle de l'État sur de précieux actifs pétroliers et mettre au pas un oligarque aux ambitions politiques trop affirmées.
M. Khodorkovski, 45 ans, n'a fait aucune déclaration. « Honte », avait-il lancé un peu plus tôt en arrivant dans un fourgon blindé au tribunal, gardé par quelque 300 policiers et membres des forces spéciales. Plusieurs sympathisants, qui protestaient contre le procès en scandant « Liberté pour Khodorkovski », ont été interpellés devant le tribunal.
Ce nouveau procès intervient un an après l'élection, le 2 mars 2008, de Dmitri Medvedev qui prône une plus grande indépendance de la justice, mais dont la ligne reste floue dans cette affaire. Semblant miser sur une nouvelle approche politique, M. Khodorkovski s'est félicité lundi de « changements institutionnels positifs » en Russie. Au moment de l'arrivée de M. Medvedev au Kremlin en mai 2008, la défense de l'ex-PDG avait estimé que « les temps avaient changé ». Mais les espoirs de libération anticipée de M. Khodorkovski sont restés jusqu'ici lettre morte. Le libérer « reviendrait à remettre en question le partage du pouvoir et de la propriété instauré par l'équipe de Poutine », commentait hier l'influent quotidien des affaires Vedomosti dans un éditorial. L'ex-oligarque reste très impopulaire dans l'opinion, nombre de Russes lui reprochant de s'être enrichi illégalement à l'occasion des privatisations controversées des années 90.


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