« La crise est loin d'être terminée, elle n'a pas atteint son apogée », a lancé M. Poutine devant les hauts responsables du parti Russie unie, dont il est président.
« Les efforts des grandes puissances n'apportent pas de résultats visibles » et « cette situation va durer assez longtemps », a-t-il reconnu dans des propos retransmis à la télévision, avant de juger que la Russie connaîtra une année « difficile mais pas catastrophique ».
Mais une semaine après que le président russe Dmitri Medvedev eut critiqué la « lenteur » de la mise en œuvre des mesures anticrise dans le pays, M. Poutine s'est voulu optimiste sur les effets de la politique de son gouvernement.
« Les mesures anticrise que nous avons prises fonctionnent déjà. La stabilité du système bancaire est assurée, ce qui veut dire que les bases ont été mises en place pour la reprise des crédits au secteur réel de l'économie », a-t-il dit, se félicitant aussi de la « stabilité » du secteur pétrolier.
Les entreprises russes souffrent depuis des mois de la quasi-absence de liquidités disponibles dans le système financier, tandis que l'économie subit un atterrissage brutal, notamment suite à la baisse drastique des cours des matières premières dont le pétrole.
Dans ce contexte de chute des rentrées de devises de la Russie, la Banque centrale russe (BCR) a dû procéder depuis novembre à une dévaluation progressive mais massive du rouble, qui a perdu plus du tiers de sa valeur face au dollar.
Là encore, M. Poutine s'est félicité des actions entreprises par les autorités, jugeant que la BCR a su « dans la douceur permettre l'adaptation (des acteurs économiques) aux nouvelles conditions » économiques.
Mais au sein du pouvoir russe, on admet que cette dévaluation risque de provoquer une accélération de l'inflation, une grande partie des produits de consommation courante étant importés.
« Les prévisions du ministère de l'Économie d'une inflation de 13-14 % sont tout à fait réalistes, mais il y a un risque qu'elle soit plus importante, 15 % est possible aussi », a prévenu hier Arkadi Dvorkovitch, conseiller économique du président Medvedev, lors d'un forum économique.
Dans ce contexte, M. Poutine a clairement mis en garde l'opposition contre la tentation d'organiser des manifestations « non autorisées », des actions « égoïstes ».
« L'État et la société ont le droit de réagir et de se protéger de manière appropriée, et il n'y a aucune raison d'en avoir honte ou d'avoir peur », a-t-il lancé.
Les responsables russes ont longtemps assuré que la crise économique mondiale n'allait pas trop affecter la Russie, jusqu'à ce que M. Poutine admette en novembre que son pays faisait face au même « défi » que le reste du monde.
Le président russe s'exprime généralement de manière plus pessimiste sur l'état de l'économie que le chef du gouvernement, qui est directement responsable des mesures anticrise.
Mais les Russes considèrent malgré tout que c'est M. Poutine, l'ex-président, qui est réellement en charge du pays, et non son successeur.
Officiellement, les autorités s'attendent à un recul de 2,2 % du produit intérieur brut en 2009.

