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Liban - Le Commentaire

Cabinet d’union ? Une imposture politique néfaste

Supposons, déclare en privé ce haut dignitaire religieux, qu'il faille reconduire après les élections l'expérience d'un cabinet dit d'union, sous prétexte que le Liban, pays composite, ne doit pas être dirigé par une seule fraction. Comment pourrait-on le former sans entente préalable sur son programme, comme le veut la plus élémentaire des logiques démocratiques. Et comme le démontre l'exemple constant des États évolués où les circonstances, politiques ou sécuritaires, imposent parfois un tel expédient.
Les Libanais sont sciés en deux, 8 et 14 Mars. Leurs projets sont antonymes, diamétralement opposés. Chacun de ces camps croit dans une ligne déterminée qui rejette, comme un danger létal, les vues adverses. Il est extrêmement difficile de trouver suffisamment de dénominateurs communs pour une déclaration ministérielle dont l'application ne donnerait pas lieu à d'insolubles conflits d'interprétation. Sur tout, surtout comme la décision de guerre et de paix, et sur rien, des petits riens comme la désignation d'un fonctionnaire de bas étage.
Mais alors, le présent cabinet ? Eh bien, pour le former il a fallu se résigner à passer outre à l'impératif d'un accord préliminaire, impossible à réaliser, sur son programme. D'où le fait qu'il constitue en réalité un cabinet de désunion et non d'union. Ce qui explique un blocage, une paralysie, qui en font un assemblage encore moins productif qu'un gouvernement chargé d'expédier les affaires courantes.
En Israël, le système de la proportionnelle élargie, qui démultiplie la représentation parlementaire en permettant l'intégration des petits partis, interdit par là même l'émergence d'une majorité forte, d'une formation nettement dominante. D'où la nécessité de coalitions ministérielles. On voit aujourd'hui que la formule d'un cabinet d'union englobant les quatre partis principaux se heurte au refus des centristes de gauche de siéger aux côtés de l'extrême droite. À cause d'un différend de fond sur la paix, et sur la création d'un État palestinien. Et ce grippage se produit bien que les graves circonstances régionales actuelles plaident, là, en faveur d'un cabinet d'union.
Chez nous, la mise en place d'une équipe rassemblant de nouveau le 8 et le 14 Mars signifierait, au fond, que les deux camps seraient convenus de tout geler jusqu'au jour où l'histoire régionale trancherait en faveur de l'un ou de l'autre. C'est-à-dire qu'ils s'entendraient pour gérer ensemble les affaires courantes, sans entreprendre de projets d'importance suscitant des divergences. L'activité étatique tournerait au ralenti, et aux dépens d'une économie nationale déjà exsangue.
C'est ce qu'explique le patriarche Sfeir quand il compare le char présent de l'État à un attelage qu'un cheval de trait tire vers avant, et l'autre vers l'arrière. Or qui n'avance pas recule. Pour mieux sauter ? Sans doute, mais dans le sens explosif du terme. Comme on le constate avec le Conseil constitutionnel, dont le gouvernement n'arrive pas à choisir les cinq membres qu'il lui revient de désigner, et cela aux portes des législatives où le rôle de cette instance est capital. Il en est de même, également dans la perspective des élections, pour le directeur de l'Intérieur, les mohafez, les caïmacams et les cadres régionaux des services de sécurité. Sans parler du budget, bloqué à cause du conflit sur le Conseil du Sud.
On serait tenté de dire : mais pourquoi le 8 et le 14 Mars, laissant de côté le différend idéologique de fond, ne s'entendraient-ils pas sur les sujets concrets qui les divisent ? La réponse est simple : ils ne peuvent le faire car ces litiges découlent de la césure entre leurs options fondamentales respectives. Il suffit, pour s'en assurer, d'énumérer en condensé ces points si rabâchés : l'armement du Hezbollah, la décision de guerre ou de paix, les relations avec la Syrie vues sous l'angle du comportement syrien, les rapports avec l'Iran, le sens véritable de l'indépendance nationale, le tracé des frontières, Chebaa, le désarmement des Palestiniens, les prisonniers libanais en Syrie, le tribunal international, les réformes, Paris III et la résurrection d'un ministère du Plan.
Supposons, déclare en privé ce haut dignitaire religieux, qu'il faille reconduire après les élections l'expérience d'un cabinet dit d'union, sous prétexte que le Liban, pays composite, ne doit pas être dirigé par une seule fraction. Comment pourrait-on le former sans entente préalable sur son programme, comme le veut la plus élémentaire des logiques démocratiques. Et comme le démontre l'exemple constant des États évolués où les circonstances, politiques ou sécuritaires, imposent parfois un tel expédient.Les Libanais sont sciés en deux, 8 et 14 Mars. Leurs projets sont antonymes, diamétralement opposés. Chacun de ces camps croit dans une ligne déterminée qui rejette, comme...
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