Pourtant, note une source ministérielle, le Liban devrait être en tête des pays que devrait visiter M. Mitchell, étant le seul pays de la région dont la frontière avec Israël est potentiellement « active », sachant aussi que la capacité militaire du Hezbollah constitue désormais une menace non négligeable pour Israël.
N'est-il donc pas plus logique, s'interroge cette source, que l'envoyé spécial américain visite le Liban, au regard des risques réels d'embrasement existants ? Sachant, par exemple, que le Hezbollah ne cache pas sa volonté de venger l'assassinat de son leader militaire, Imad Moghniyé. Sachant aussi qu'Israël lui-même place en tête de ses priorités la destruction du potentiel balistique du Hezbollah, sans parler de l'infrastructure de ce parti, comme celle du Liban, régulièrement menacée par des responsables militaires et politiques israéliens, soit sous la forme d'avertissements, soit sous la forme de menaces consécutives à des incidents à la frontière, sur le modèle de celui qui s'est produit samedi dernier.
N'est-il pas plus sage, vraiment, pour Mitchell de faire escale à Beyrouth, sachant que le belliqueux Benjamin Netanyahu, qui s'installe à Tel-Aviv, ne rêve que d'en découdre avec le Hezbollah ? Encore que les prouesses guerrières du Kadima n'ont rien à lui envier, se demande-t-on.
Ce qu'on souhaite, à Beyrouth, c'est que l'envoyé spécial du président Obama prenne sérieusement conscience des facteurs d'embrasement possible du front libano-israélien et agisse en conséquence ; ce qui serait, d'ailleurs, en harmonie avec la volonté déclarée du chef de la Maison-Blanche de privilégier le dialogue sur la violence ; en harmonie aussi avec sa volonté de protéger la fragile démocratie libanaise de tout ce qui peut la fausser ou la dénaturer.
À ceux qui l'interrogeaient sur le timing d'une escale au Liban, M. Mitchell avait répondu : le plus tôt possible. Il faut donc espérer que ce « plus tôt » là ne ressemble pas, par mégarde, à un « trop tard ! ».

