C'est là le drame de notre Liban, nous avons de grands rêves qui font exploser la petite cervelle de nos dirigeants.
Pendant la guerre, lorsque l'on pouvait sortir et que le Conservatoire était sous les obus, je courais chez Badia qui vivait à Tayouné, sur la ligne verte. Cette leçon de chant, je l'attendais plus qu'un rendez-vous d'amour.
Badia me disait: «N'aie jamais peur des obus et des tirs, chante.
«Prends une bougie, je n'ai pas d'électricité chez moi. La voie est libre, les snipers font la sieste entre 15 et 16h.»
Badia, le chant a éclairé les ténèbres de la guerre et la nuit de mon cœur.
Tu m'as redonnée l'espoir et l'amour de la vie, et tu m'as appris que la musique est l'arme de résistance la plus civilisée.
Tu m'avais fait connaître tes amis: Jean-Sébastien, Amadeus, Franck, Frédérik, Giacomo, Giuseppe. Et Georges le grand Bizet.
Tu as omis de m'enseigner la tristesse, mais la douleur en apprenant ta mort me l'a
fait connaître.
Monsieur le ministre de la Culture, Badia, fille de Wadih Sabra, compositeur de Koullouna lil Watan et du premier opéra en arabe et en turc, est aussi la première femme à avoir enseigné au Liban le chant classique et l'opéra. La plus belle des récompenses serait de créer une bourse en son nom pour de jeunes
chanteurs.
Badia, mon seul regret est de n'avoir aucun enregistrement de ta voix.
Ghada GHANEM
Soprano lyrique

