Des diplomates relèvent que lorsque les échanges débuteront au niveau des gouvernements, il sera possible de savoir, avec exactitude, ce que Washington attend de la Syrie comme de l'Iran, et réciproquement.
De Beyrouth, John Kerry, président de la commission des Relations extérieures du Congrès US, a tenu à prévenir la Syrie avant de la visiter. En martelant que les États-Unis soutiennent indéfectiblement un Liban libre et indépendant dans tous les domaines, précisant que cet appui ne peut être sujet à marchandage. Et que ce qui pourrait se produire dans la région ne saurait l'être aux dépens du Liban. Il ajoute que le pouvoir ne doit être détenu, dans notre pays, que par la seule légalité, et qu'il ne doit pas s'y trouver d'autre armement que le sien. John Kerry a également indiqué, toujours de Beyrouth, qu'il projette de solliciter l'aide du président syrien Bachar el-Assad en vue du désarmement du Hezbollah. Objectif qui doit être réalisé, même si cela nécessite, à son avis, de longues discussions. Pour le responsable US, les prochaines législatives libanaises sont une étape importante. Il souhaite ensuite, explicitement, que la Syrie modifie son comportement au Liban, ajoutant que pour sa part, il s'attend à ce qu'elle le fasse effectivement. Pour respecter dorénavant l'indépendance politique du Liban, tout en contribuant à l'application de la 1701 pour le désarmement du Hezbollah et des Palestiniens. Il relève que Beyrouth ayant désigné un ambassadeur à Damas, la Syrie ne doit plus tarder à en faire de même. John Kerry conclut que la réalisation de tous ces points ne saurait aller sans contrepartie et sans prix à payer.
Parallèlement, une délégation de congressmen américains proclamait à Damas, à l'issue d'une audience octroyée par le président Assad, que « le dialogue avec lui est important. Cela étant, les actes se font entendre plus fort que le verbe. Nous allons donc surveiller ce que la Syrie va faire, quels vont être ses comportements dans les semaines et les mois à venir ».
La position US est claire. Reste maintenant à déterminer la réaction de la Syrie. Va-t-elle changer de ligne au Liban, où elle avait refusé d'appliquer la 1559 avant le retrait de ses troupes ? Va-t-elle soutenir la 1701, aider au désarmement des milices libanaises et non libanaises ? Ses interventions sur la scène locale vont-elles se transmuer de négatives à positives, en aidant à une calme organisation des législatives plutôt qu'en provoquant leur torpillage ? Tout comme en cessant de se mêler de la formation des gouvernements ou de l'entraver, pour que le Liban puisse, en toute stabilité, gérer tranquillement ses affaires intérieures.
En principe, ce qui importe le plus à la Syrie, sur le plan régional, c'est de récupérer le Golan. Le président Assad souligne, au sujet du conflit avec Israël, que s'il est exact qu'une guerre ne peut être livrée sans l'Égypte, il est également vrai que la paix ne peut être réalisée sans la Syrie. Il attend des USA, il l'a répété même du temps de Bush et de la médiation turque, qu'ils jouent un rôle actif d'animateur principal et impartial du processus de paix. Car ils sont les seuls à pouvoir exercer une pression efficace sur l'État hébreu. Une fois la paix conclue, avec création d'un État palestinien, la région serait pacifiée, stabilisée, et les problèmes actuels, dont l'armement du Hezbollah et des organisations palestiniennes, ne se poseraient plus.

