La mer souffre, et les créatures marines s'asphyxient et disparaissent à force de pollution et de mauvaises pratiques. Combien de fois n'avons-nous pas entendu des pêcheurs se lamenter du fait qu'ils n'attrapent plus rien dans leurs filets ? Or même eux n'ont rien appris : preuve en est la pêche à la dynamite et au « compresseur », dernière invention en date, qui décime ce qui reste de nos populations de poissons. De telles pratiques sont très faciles à détecter et les plongeurs s'en plaignent souvent, disant qu'ils risquent leur vie à se trouver dans des eaux où la dynamite est utilisée. Les écologistes dénoncent, mais les autorités restent silencieuses. Voilà bien un exemple flagrant de courte vue : nous serions bien avancés quand le dernier poisson aura été pêché au large de nos côtes...
Dernièrement aussi, la marée noire a refait parler d'elle : cette catastrophe causée par un bombardement israélien des réservoirs de la centrale de Jiyeh en 2006 a été amplifiée par notre propre incapacité à gérer les opérations de nettoyage par la suite. Il y a quelques jours, l'association Bahr Loubnan découvrait des sacs de déchets mazoutés qu'une compagnie étrangère, ayant signé un contrat avec l'État, devait transporter à la centrale de Jiyeh : ils étaient superficiellement enfouis à même la plage. Une simple tempête suffit, dans ce cas-là, à ramener le mazout dans l'eau. Le scandale éclate, et que fait le ministère de l'Environnement ? Il promet une enquête « sérieuse », et les sacs sont toujours sur place, selon l'association.
Il ne faut pas non plus oublier le sempiternel dépotoir de Saïda, qui s'est effondré une énième fois cette semaine dans la mer. Il est difficile de trouver un meilleur symbole de notre inefficacité nationale à régler les problèmes des résidus de notre propre « civilisation ».
Que dirait la mer si elle pouvait nous crier ce qu'elle pense de nous ? Peut-être vaut-il mieux se suffire de son silence, en attendant l'inévitable facture à payer pour un laisser-aller vieux d'innombrables années, pratiqué sans mauvaise conscience.


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