La logique voudrait que les Arabes fassent front. En remettant sur le tapis, avec fermeté, leur initiative de paix adoptée lors du sommet de Beyrouth en 2002, sur proposition du souverain saoudien. Pour mettre Israël au défi de l'accepter, ou d'assumer l'ouverture d'une confrontation multiforme. Mais cette mobilisation, les Arabes en sont-ils capables ?
Le roi Abdallah d'Arabie saoudite a lancé, lors du sommet de Koweït, un vibrant appel à la réconciliation interarabe. Le faisant suivre, pour donner l'exemple, d'un message, transmis par le prince Moqren, chef des SR, au président syrien Bachar el-Assad. Dont on annonce la visite à Riyad pour le mois prochain. Le président égyptien, Hosni Moubarak, a été informé de la teneur du message saoudien à Damas. Ces échanges devant paver la voie au sommet arabe, prévu en mars à Doha, qui consacrerait une solidarité arabe retrouvée. Autour du plan de 2002, que les chefs de diplomatie des pays islamiques ont approuvé lors de leur rencontre de mai 2003 à Téhéran. Étant entendu, comme le roi Abdallah l'a précisé à Koweït, que la proposition de négociations faite à Israël ne serait pas éternellement maintenue. Ce qui implique que le prochain gouvernement israélien, quel qu'il soit, devra donner une réponse claire. Soit en acceptant de traiter, soit en refusant, pour relancer le conflit.
Il y a quelques mois, le président israélien, Shimon Peres, estimait qu'avec l'avènement d'Obama, une nouvelle chance de réaliser la paix au Moyen-Orient dès 2009 prenait corps. Mais il prévenait, dans une autre déclaration, que « les radicaux vivent de la guerre. Nous devons dès lors construire pour notre pays une existence fondée sur une économie vivace et moderne ». De son côté, Ehud Olmert, qui était alors aux commandes, affirmait devant la commission des AE et de la Sécurité de la Knesset que « l'intérêt national supérieur d'Israël impose la conclusion immédiate, sans retard, d'un accord avec les Palestiniens et avec la Syrie ». Il ajoutait que « durant 40 ans, Israël s'est confiné dans une vision étriquée des Palestiniens, refusant de lire cette carte qui nous indique clairement que le temps ne joue plus en notre faveur ». Pour conclure qu'il était disposé à accepter l'initiative arabe, comme cadre d'un arrangement de paix avec les Palestiniens et avec la Syrie.
Mais les donnes ne sont plus les mêmes. Et même les colombes israéliennes du centre gauche peuvent être prises dans l'engrenage des surenchères négativistes, face à la montée en puissance de la droite radicale. Netanyahu a indiqué dès le départ sa préférence pour un cabinet d'union intégrant le Kadima. Pour ne pas braquer les États-Unis qu'inquiète une radicalisation du gouvernement israélien menant au torpillage du processus de paix.
Cependant, un tel cabinet d'union, divisé sur le choix à faire par rapport à l'initiative arabe, à la paix et à la restitution de territoires, pourrait opter pour une fuite diplomatique en avant. Atermoyer, en soutenant cette idée de nouvelle conférence internationale que la Russie semble tentée d'organiser. Ou en se rabattant sur la feuille de route du quartette qui offre la possibilité d'interminables discussions. En permettant en outre, à travers certaines de ses dispositions, d'espérer en finir avec l'armement des résistants palestiniens et du Hezbollah libanais.
Retour donc à notre pays. Pour sayyed Hassan Nasrallah, il existe trois façons d'aborder le conflit avec Israël. La première, irrecevable à ses yeux, serait de reconnaître l'ennemi, de capituler devant lui. La deuxième de conclure un arrangement, c'est-à-dire de faire des concessions à l'ennemi. Une voie que les Arabes ont expérimentée, dit-il, Israël leur répliquant toujours par la guerre. La troisième option, la seule valable pour lui, resterait cette résistance armée qui a défait Israël en juillet 2006 et à Gaza. Mais le leader du Hezbollah apporte en conclusion une certaine nuance à ses propos en déclarant qu à son avis « le sommet de Koweït a lancé un bon signal en précisant que l'initiative arabe ne serait pas éternellement maintenue. » Ce qui laisse penser que cette initiative arabe de paix peut avoir sa chance, jusqu'à ce qu'elle soit rejetée.

