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Liban - Le Commentaire

Derrière les exactions, pointe la question : quel Liban voulons-nous ?

En regagnant leurs villages, des participants au rassemblement du souvenir ont été tabassés. On se demande dès lors ce qu'il pourrait advenir, le 7 juin, aux électeurs qui auraient à se déplacer pour voter.
Il ne suffit pas de condamner les violences de samedi. Il faut enquêter sérieusement pour en identifier les coupables. Savoir s'ils appartiennent à des partis ou à des courants. Ou s'il s'agit d'agents d'une cinquième colonne orchestrée du dehors, ou à la solde d'un commanditaire local. Il est évident que la responsabilité des investigations incombe aux services de sécurité, de renseignements et de police.
Mais il est tout aussi nécessaire que les formations politiques qui contrôlent les régions où les agressions ont été perpétrées contribuent à l'identification des fauteurs de troubles. Sans quoi l'organisation des législatives s'en trouverait compromise. Ou polluée par des actions genre 7 mai, soit avant l'échéance, pour la torpiller ou la faire reporter. Soit après, pour en faire annuler les résultats.
Or, ces élections déterminent, en même temps que la ligne politique du pouvoir, le sort même du système libanais, du régime de démocratie parlementaire, que les loyalistes veulent défendre et les prosyriens modifier de fond en comble, comme en atteste l'exigence avancée par Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, d'un cabinet d'union, quel que soit le vainqueur du scrutin, en martelant que le Liban n'est pas la Suisse, sans préciser ce qu'il est. Un Liban à la syrienne, à l'iranienne, à l'égyptienne, à la jordanienne, à la saoudienne ? Un Liban conforme à un type de régime totalitaire, théocratique et en tout cas despotique ?
Si l'on doit aller vers un cabinet regroupant toutes les parties, il faudrait en bonne logique s'entendre sur son programme, et sur sa composition, avant les élections. En sachant en outre que l'on va sûrement installer le pays politique dans une perversion systémique paralysante, du moment que la minorité, disposant du tiers de blocage, imposerait ses chantages et empêcherait la majorité de gouverner ou tenterait de régler les litiges à son profit, par la force, en dehors du cadre des institutions.
On sait ce qu'une telle expérience a pu donner. Des violences de rue, la spoliation du centre-ville, le ligotage du gouvernement, la fermeture de la Chambre, l'incapacité d'élire un chef de l'État, le sabotage de Paris III et des réformes. Sans compter les exploits récents : le blocage des nominations et du budget. En demander la reprise équivaut donc à vouer le Liban à une crise sans fin qui aurait fatalement raison de son existence politique, financière et économique.
La différence entre la loi ordinaire et la Constitution, c'est que la première autorise tout ce qui n'est pas explicitement interdit, alors que la seconde interdit tout ce qui n'est pas explicitement autorisé. Or la Constitution édicte un système ordonnant que la majorité gouverne et que la minorité s'oppose. Le texte ne consacre pas du tout cette formule approximative dite de la démocratie consensuelle adoptée à Doha pour sortir de la crise. Et qui se justifie donc par un cas de force majeure. Exceptionnel, pour une et seule fois.
Le piège vise sans doute aussi à provoquer un tel conflit sur le choix du système que le pays se retrouverait plongé dans l'anarchie. Ce qui permettrait de ressortir le vieil argument : le Liban n'est pas en mesure de se gouverner. Il a donc besoin d'un tuteur. Ou de deux.
À moins, autre perspective de dislocation larvée, que la démocratie dite consensuelle n'aboutisse de fait à une sorte de fédération des communautés, de partition mal camouflée. Accompagnée d'une redistribution des pouvoirs, des présidences, des portefeuilles et des sièges parlementaires, sur base non plus d'une parité égale, mais de deux contre un. Avec abolition du pacte national de coexistence, l'initial de 43 autant que Taëf.
En regagnant leurs villages, des participants au rassemblement du souvenir ont été tabassés. On se demande dès lors ce qu'il pourrait advenir, le 7 juin, aux électeurs qui auraient à se déplacer pour voter.Il ne suffit pas de condamner les violences de samedi. Il faut enquêter sérieusement pour en identifier les coupables. Savoir s'ils appartiennent à des partis ou à des courants. Ou s'il s'agit d'agents d'une cinquième colonne orchestrée du dehors, ou à la solde d'un commanditaire local. Il est évident que la responsabilité des investigations incombe aux services de sécurité, de renseignements et de police.Mais il est tout aussi nécessaire que les formations politiques qui contrôlent les...
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