Même au sein du camp du 8 Mars, l'aveu résonne encore, à moins de quatre mois des législatives les plus cruciales dans l'histoire du Liban : la majorité parlementaire est encore et toujours capable de ramener et de soulever des foules considérables. Celle de samedi a ainsi été évaluée à plusieurs centaines de milliers de personnes, pas loin du million revendiqué par le 14 Mars, venues des quatre coins du pays : du Akkar, en effervescence dès l'aube ; de Tripoli, où le fait marquant a été la participation massive des partisans de l'ancien Premier ministre Nagib Mikati ; du Chouf, de Aley et de l'Iqlim el-Kharroub, représentés place des Martyrs par une imposante majorité de leurs habitants ; de Saïda, dont les voies en direction de Beyrouth étaient engorgées aux premières lueurs du matin ; de Tyr, avec une présence très visible de l'armée le long de la route côtière ; ainsi que de Rachaya et de la Békaa-Ouest, sans oublier les cazas très significatifs de Baalbeck-Hermel et de la Békaa-Nord, représentés beaucoup plus que d'habitude, selon l'ANI, au cœur de Beyrouth, ainsi que, tout naturellement, la capitale.
Mais c'est la participation la plus scrutée, la plus analysée qui a été la plus remarquée : celle des habitants des régions chrétiennes, c'est-à-dire de Zahlé, des Metn-Nord et Sud, du Kesrouan, de Jbeil, de Batroun, du Koura, de Zghorta, de Bécharré, qui se sont massivement rendus place des Martyrs, sans oublier non plus Achrafieh, dont les places étaient aussi noires de monde que possible.
Le succès politique était donc au rendez-vous pour cette quatrième commémoration de l'assassinat de Rafic Hariri. Une occasion pour les principaux ténors de l'Alliance du 14 Mars (Saad Hariri, Walid Joumblatt, Samir Geagea et Amine Gemayel) de marteler, en un unisson parfait, leur refus catégorique de tout compromis sur les acquis de la révolution du Cèdre, à commencer par le Tribunal spécial pour le Liban, dont les travaux débuteront dans une petite quinzaine de jours, le 1er mars exactement. Une occasion pour eux, comme une véritable répétition générale avant la fameuse échéance du printemps, de donner rendez-vous à leur public le 7 juin prochain... aux urnes.
Un succès politique mais aussi, c'est tout aussi important, sécuritaire : pas un incident n'a émaillé, durant la commémoration elle-même, cette cérémonie particulièrement engagée cette année : l'armée et les forces de l'ordre se sont comportées d'une façon exemplaire. Hélas, c'était loin d'être le cas de certains partisans du 8 Mars : leurs agressions contre les manifestants du 14 février on fait un mort (un partisan du PSP) et une trentaine de blessés (lire page 4). Une violence de bien mauvais augure, qui risque, si elle n'est pas sévèrement réprimée, d'échauffer davantage les esprits et les biceps au cours de la première semaine du mois de juin.
Z. M.
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