Le Maroc, lui, avait déjà fait en décembre 2008 une fulgurante avancée au niveau des droits de la femme en levant toutes les réserves sur le droit de la Marocaine à donner sa nationalité à ses enfants lorsqu'elle épouse un étranger. Un droit qui lui avait été accordé partiellement en avril 2007, avec effet rétroactif, mais qui ne lui permet toujours pas de donner sa nationalité à son époux.
C'est depuis 2005 que l'Algérie a accordé aux femmes ce droit à transmettre leur nationalité à leur époux et à leurs enfants, une loi jugée exemplaire par les associations des droits de la femme au Liban, notamment le CRTDA, car elle touche tous les enfants sans exception et elle a un effet rétroactif. La Constitution a d'ailleurs été modifiée au niveau du statut personnel pour permettre l'application de cette loi.
Même l'Égypte permet à la femme, et depuis juillet 2004, de transmettre sa nationalité à ses enfants. Mais l'effet de cette loi n'est pas rétroactif et l'application de cette loi n'est pas accordée aux femmes ayant épousé des hommes de certaines nationalités, notamment palestiniens et soudanais.
Quant à la Tunisie, précurseur du monde arabe dans les droits de la femme, c'est déjà depuis les années 90 qu'elle a accordé à la femme le droit de transmettre sa nationalité à ses enfants.
Rien qu'au niveau de ce droit bien précis, les progrès de ces quatre pays arabes sont signe de vigueur et d'évolution. Même si ces lois ne sont pas toutes des modèles de perfection. Mieux encore, elles sont signe d'espoir pour la gent féminine qui aspire à devenir l'égale de l'homme.
Le Liban, avec ses lois obsolètes, et ô combien discriminatoires pour la femme, qui refusent de prendre en considération les problèmes engendrés, l'évolution radicale des mœurs, et l'amélioration de la participation de la femme dans la vie active, fait figure de parent pauvre. Depuis une dizaine d'années, rien n'a bougé d'un pouce en matière de droits de la femme, malgré la grande mobilisation des associations qui multiplient les campagnes.
Sous prétexte d'empêcher l'implantation des Palestiniens, les droits les plus élémentaires de la femme libanaise continuent d'être bafoués avec, à titre d'exemple, l'impossibilité de donner sa nationalité à ses enfants si elle a épousé un étranger, son infantilisation en cas de décès de son époux, sans parler de l'aberrante injustice par rapport à l'homme en cas d'adultère ou son manque absolu de droit à l'égard de ses propres enfants.
À l'heure où les femmes du monde occidental jouissent d'une totale égalité avec les hommes, les autorités libanaises continuent, elles, de faire preuve d'une extrême frilosité sur le sujet. Pis même, elles agissent comme si le problème ne se posait pas.
Certes, quelques initiatives méritent d'être signalées, comme la discussion en commission parlementaire, en janvier 2009, du projet, bien qu'imparfait, présenté par la députée Gilberte Zouein de permettre à la femme libanaise de donner sa nationalité à ses enfants, sauf celle ayant épousé un Palestinien. De même est saluée la fatwa prononcée par cheikh Mohammad Hussein Fadlallah autorisant la femme à se défendre si elle est agressée par son époux. Mais c'est surtout la promesse de notre fringant ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, de proposer en Conseil des ministres, et avant la date butoir du 6 juin 2009, son projet de loi si attendu concernant le droit de la femme libanaise à transmettre sa nationalité à ses enfants, qui suscite les espoirs de toutes.
Ce pas, s'il est fait, redonnerait foi aux femmes libanaises non seulement dans leurs dirigeants, mais aussi et surtout dans leur pays. En attendant, elles n'ont d'autre choix que celui de subir ce désespérant, humiliant et injuste statu quo.

