Cela étant, force est de constater que ce thème sensible est exploité par les prosyriens dans leur lutte contre le 14 Mars. Se présentant en défenseurs de l'armée, ils critiquent vivement les remarques de Walid Joumblatt concernant certains officiers, et affirment y voir une tentative de saper le moral de la troupe.
Oubliant un peu trop vite que si jamais un camp a porté atteinte au prestige et à l'autorité de l'armée, c'est bien le 8 Mars par ses multiples débordements miliciens. Notamment le 7 mai, avec, il faut le rappeler, la collusion de certains uniformes, qui n'ont pas protégé les sièges de médias pillés et incendiés.
Et, plus directement, lors de la grave affaire de Mar Mikhaïl. Quand on a vu la perversion politique mettre le monde à l'envers : des officiers sanctionnés pour s'être défendus contre des tirs les visant, et pour ne pas avoir accepté de se laisser désarmer.
Oubliant également la gravissime exécution, à Sojod, du capitaine pilote Samer Hanna au pied de son hélicoptère de reconnaissance.
Un ancien responsable sécuritaire trouve les surenchères prenant l'armée pour pivot doublement déplacées. D'abord, parce que, par définition même, l'institution n'est pas un combustible pour chaudière politicienne. Ensuite, parce que dans toutes les administrations étatiques on trouve inévitablement des failles de structure, ou du personnel, donnant lieu à des critiques justifiées. Sans que cela signifie que tout le département soit pourri.
Répétant qu'en réalité, le ver est dans le fruit politicien, cette personnalité invite les pôles antagonistes à cesser de rivaliser d'ardeur verbale dans la défense de l'armée, pour montrer leur sincérité en actes, et en actes seulement, en soutenant à fond les projets d'armement, d'équipement et de formation renforçant ses capacités. Et en mettant l'armement hors légalité sous contrôle de la troupe, puisqu'elle bénéficie prétendument de la confiance de tous. Et que c'est à elle qu'il revient de conseiller le gouvernement sur une éventuelle décision de guerre et de paix, la résistance devant se fondre dans l'armée, et non l'inverse.
Walid Joumblatt a suspendu la participation de son représentant, Chérif Fayad, à la commission chargée par le comité de dialogue d'étudier les projets relatifs à la stratégie de défense. Cela parce que le Hezbollah a tout simplement annulé le débat, en proclamant qu'il n'est pas question de discuter de l'armement de la résistance, tant qu'un lopin de terre libanais resterait sous occupation israélienne. Ajoutant qu'au mieux il accepterait de coordonner avec l'armée et soulignant que l'armée et la résistance ont chacune leur stratégie propre, distincte.
Une position qui gomme les assurances mielleuses sur la vénération vouée à l'armée. Un respect qui, s'il existait vraiment, aurait dû porter le Hezb à commencer à confier son arsenal à Yarzé. Ou encore à remettre aux services qualifiés son réseau de télécoms et ses informations recueillies par le biais des écoutes, tant à des fins militaires que dans le domaine criminel courant, ou dans la lutte contre le terrorisme.
Dans le temps, le Hezb avait pu émettre des doutes sur l'engagement politique de certains officiers. Mais le général Sleiman, qui a fait le nécessaire, tient à souligner que désormais « la rumeur concernant une division au sein de l'armée tombe à plat. L'allégeance de la troupe, de ses officiers et de ses soldats va à l'institution comme à la patrie. Elle ne voue de loyauté ni à la personne du président ni à aucun leader ». Il estime que l'entente entre l'armée et la résistance peut constituer la base d'édification d'une stratégie de défense. Il ne semble pas qu'en face on l'entende de cette oreille.

