Selon les chiffres corrigés des variations saisonnières publiés hier par le département du Commerce, les ventes de détail ont augmenté en janvier de 1,0 % par rapport à décembre.
Les analystes attendaient un nouveau recul de l'indicateur, de 0,8 %. Au lieu de cela, celui-ci a connu sa plus forte hausse mensuelle depuis novembre 2007, dernier mois avant le début officiel de la récession américaine.
Mais avec un recul de 3,0 % en décembre et de 2,4 % en novembre, la baisse de la fin de l'année a été plus forte que ce qui avait été estimé initialement, et le niveau de ventes de détail à la fin du mois de janvier était encore inférieur de 9,7 % par rapport à ce qu'il était un an plus tôt.
La hausse de janvier est « trompeuse » et « ne durera pas », prévient Ryan Sweet, économiste de Moody's Economy.com. Pour lui, elle risque fort d'être corrigée, cet indicateur ayant « été revu systématiquement en baisse au cours des derniers mois ».
Plusieurs analystes soulignent le fait que janvier est traditionnellement un des mois les plus faibles en termes de ventes et qu'un nouvel ajustement des variations saisonnières pourrait faire partir en fumée une bonne part des gains annoncés hier.
Les ventes de détail sont un bon indicateur de la tendance de la consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance américaine.
Au quatrième trimestre, celle-ci a reculé de 3,5 % en rythme annuel (après une chute de 3,8 % pendant les trois mois d'été), faisant perdre 2,47 points de croissance à l'économie du pays, selon les estimations publiées fin janvier.
Pour M. Sweet, l'accentuation de la baisse des ventes de détail sur les deux derniers mois de l'année est le signe que le PIB américain a chuté de plus de 5 % au quatrième trimestre, comme le pensaient les analystes avant que le ministère n'estime le recul de l'activité à 3,8 % en rythme annuel.
Pour Charmaine Buskas, économiste de TD Bank, la hausse de janvier « reflète le fait que les consommateurs ont utilisé des chèques-cadeaux (reçus pendant les fêtes) et ont tiré profit des fortes remises encore consenties par les commerçants après les vacances » de fin d'année.
Le chômage continuant de monter (les nouvelles inscriptions ont dépassé le seuil des 600 000 dossiers pour la deuxième semaine de suite, selon des chiffres officiels publiés jeudi), « les inquiétudes des ménages concernant leurs revenus s'ajoutent à celles concernant leur patrimoine », du fait de la chute des prix de l'immobilier, « et sapent leur confiance », ajoute-t-il.
Nombre d'analystes s'accordent cependant sur un point : la hausse de janvier, même si elle n'est pas destinée à durer, annonce un nouveau ralentissement de la baisse de la consommation au 1er trimestre, et permet d'espérer que le plancher sera bientôt atteint.
Parallèlement, l'hypothèse officielle d'un retour de la croissance aux États-Unis courant 2009 paraît désormais difficile à soutenir vu l'état de délabrement de l'économie dont témoignent les derniers indicateurs, et certains responsables haut placés semblent en avoir pris leur parti.
Alors que la Réserve fédérale table toujours sur un début de rétablissement de l'économie au cours de la deuxième moitié de l'année, le conseiller économique du président Barack Obama, Lawrence Summers, a estimé que la reprise économique aux États-Unis pourrait n'arriver que début 2010.
Interrogé sur la chaîne de télévision CNN par un journaliste qui lui demandait quand l'économie repartirait et quand le pays se mettrait à recréer des emplois, M. Summers a répondu très vaguement. « Peut-être vers la fin de l'année, peut-être au début de l'année prochaine », « peut-être plus tôt ».
Les dernières prévisions de la Fed ont été publiées début janvier et témoignent de la vision que ses dirigeants avaient de l'économie à la mi-décembre. Ceux-ci estimaient alors que le produit intérieur brut devrait reculer sur l'ensemble de l'année, mais que la récession devrait laisser place à une reprise de l'activité au second semestre.
Néanmoins, la première économie de la planète a montré de nouveaux signes d'affaiblissement profond depuis la mi-décembre. Selon les chiffres publiés la semaine dernière, les États-Unis ont perdu près de 600 000 emplois en janvier, ce qui porte à 3,6 millions le nombre de postes supprimés depuis le début officiel de la récession en décembre 2007. Qui plus est, la moitié de ces destructions d'emplois ont eu lieu au cours des trois derniers mois.
Selon le département du Commerce, le PIB, qui avait reculé de 0,5 % au troisième trimestre, a plongé de 3,8 % au quatrième, ce qui n'était pas arrivé depuis 1982. Mais ce chiffre n'est que provisoire, et nombre d'analystes s'attendent à une révision défavorable de cette première estimation.
Utilisant la langue feutrée dont sont coutumiers les banquiers centraux, un des dirigeants de la Fed, Gary Stern, a estimé il y a quelques jours que « la récession devrait persister jusqu'à la moitié de l'année » et que « les premiers stades de la reprise devraient vraisemblablement être discrets ». D'après lui, « le retour d'une croissance robuste », n'arriverait que dans la seconde moitié de 2010.
Enfin, les deux Chambres du Congrès américain s'apprêtaient à voter, probablement aujourd'hui, un énorme plan de relance de 789 milliards de dollars, donnant une première victoire législative majeure au président Barack Obama trois semaines après son investiture. Le président Obama, qui avait pressé le Congrès d'agir rapidement, a remercié « les démocrates et les républicains qui se sont rassemblés sur un compromis, âprement disputé ».

