Le président Nicolas Sarkozy a estimé qu'il n'était « pas absolument anormal » que Paris souhaite faire fabriquer les nouveaux moteurs dans les usines en France. « Ce plan automobile sert bien à nos voisins européens », a-t-il souligné, précisant que « un million de voitures françaises ont été construites » dans d'autres pays en trois ans. « Il n'y a là rien de protectionniste du tout », a-t-il insisté.
L'aide française au secteur automobile n'est « pas illégale au regard du droit communautaire », a assuré le secrétaire d'État français aux Affaires européennes Bruno Le Maire.
Cette controverse sur le protectionnisme risque de gâcher les préparatifs d'un sommet européen convoqué le 1er mars à Bruxelles. Le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek, président en exercice de l'UE, est revenu à la charge hier contre Paris : « Le 1er mars, nous allons inviter les chefs d'État pour tenter de trouver un équilibre entre ceux qui pensent qu'il est possible de violer les règles et ceux qui ne le pensent pas, et dont je fais partie », a-t-il dit lors d'une conférence de presse.
La France avait annoncé lundi des prêts de six milliards d'euros à taux préférentiels pour ses deux constructeurs nationaux Renault et PSA Peugeot Citroën, en contrepartie d'engagements sur le maintien de la production en France.
Cet engagement à ne pas délocaliser et à garder l'emploi en France est au centre de critiques de la République tchèque et de la Slovaquie, qui accueillent des usines automobiles françaises, mais aussi de l'Allemagne et de la Commission européenne.
L'obligation de garder une unité de production en France « rendrait ces aides illégales » par rapport au droit communautaire, avait prévenu mardi un porte-parole de la Commission européenne.
Les aides publiques au secteur automobile ne doivent pas s'affranchir des règles européennes sur la concurrence, a rappelé hier la chancelière allemande, Angela Merkel, tandis que le nouveau ministre allemand de l'Économie Karl-Theodor zu Guttenberg jugeait que le plan français n'était « pas exempt de critiques ».
En réponse, son homologue française Christine Lagarde l'a invité à Paris pour le « rassurer sur le contenu du plan », a-t-on appris auprès de son entourage. On ignore si un rendez-vous a déjà été fixé.
Le Premier ministre français François Fillon devait se rendre lui aussi aujourd'hui à Bruxelles en mission d'explication auprès du président de la Commission européenne José Manuel Barroso. « Luttez contre le nationalisme économique, contre le protectionnisme interne, contre toutes les formes de populisme et d'extrémisme », a lancé hier le président de la Commission, à l'adresse des leaders européens.
Mais la France veut sauvegarder une filière qui concentre 10 % de l'emploi salarié en France et pour laquelle elle a engagé au total 9 milliards d'euros depuis le début de la crise.
PSA Peugeot Citroën a annoncé hier une perte financière de 343 millions d'euros pour 2008 et 11 000 départs volontaires dans ses usines européennes en 2009, dont plus de la moitié en France. Un prolongement de plans de départs déjà annoncés, a-t-il assuré.

