Les désaccords entre le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, et le chef du CPL, le général Michel Aoun, restent entiers, en dépit de la rencontre qui les avait réunis à l’occasion des fêtes de fin d’année.
Lors de cette rencontre, les deux hommes s’étaient en effet contentés d’évoquer des généralités, sans s’attaquer aux sujets qui fâchent.
Ainsi, le général Aoun reste plus que jamais hostile à la naissance d’un bloc parlementaire du centre qui serait proche du président de la République. Il considère qu’un député centriste est un député sans odeur ni saveur et qu’il est prêt à toutes les compromissions.
Le général a fait d’ailleurs comprendre qu’il s’opposerait à toute candidature centriste au sein de ses propres listes, allant même jusqu’à envisager des engagements écrits de la part des futurs candidats à s’en tenir au programme politique du CPL.
En clair, cela signifie que le chef du CPL n’a pas l’intention de revenir à la méthode utilisée lors des législatives de 2005. À l’époque, il n’avait pas hésité à faire entrer dans ses listes des candidats sans base populaire propre parce qu’il pouvait compter sur sa propre popularité pour les faire élire.
Aujourd’hui, il sait que sa cote a quelque peu régressé et il lui faut donc présenter des candidats jouissant d’un certain poids électoral. D’où ses récents propos invitant ceux qui ne sont pas sûrs de pouvoir l’emporter de ne plus rester dans la course et considérant « inacceptable qu’une personne incapable de remporter un siège municipal soit candidate à la députation ».
Quant au patriarche Sfeir, son point de vue à l’égard de l’éclosion d’un bloc centriste est aux antipodes de celui du général Aoun.
Pour lui, un tel bloc servirait d’appoint entre les deux grands courants du pays. À ce titre, il ne saurait être considéré « sans odeur ni saveur », car il serait appelé à prendre position sur toutes les questions posées, sauf qu’il le ferait au cas par cas, soutenant tantôt la position du 14 Mars et tantôt celle du 8 Mars.
Cela ne pourrait qu’avoir des effets bénéfiques sur le fonctionnement des institutions, estime le prélat qui souligne que si un tel bloc avait existé ces dernières années, le Liban n’aurait pas connu la crise institutionnelle qui l’a paralysé et on n’en serait pas arrivé à la formation d’un gouvernement regroupant la majorité et la minorité et donc incapable de bouger sur les questions importantes.
En fait, le patriarche se fonde dans son analyse sur la conception traditionnelle du système démocratique qu’il a toujours défendue, à savoir que la majorité doit gouverner et la minorité s’opposer.
D’autre part, le patriarche Sfeir fait valoir qu’un bloc centriste serait à même de renforcer le rôle d’arbitre du président de la République, qui disposerait ainsi d’un instrument de pouvoir non négligeable compensant la perte de beaucoup de ses prérogatives.
À ce sujet, le patriarche se demande comment ceux qui s’opposent à ce qu’il y ait un « bloc du président » peuvent-ils concilier ce refus avec leurs appels répétés à la restauration et au renforcement des pouvoirs de la présidence.
Pour les observateurs, ceux qui s’opposent à l’éclosion d’un bloc du centre lors des prochaines législatives visent, d’une part, à maintenir le chef de l’État en état d’incapacité à jouer véritablement un rôle d’arbitre lorsqu’un conflit survient entre les tenants du pouvoir et, d’autre part, à faire en sorte que, si le 14 Mars remporte à nouveau la majorité, il ne puisse pas gouverner tout seul, comme cela s’est passé ces dernières années.
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Lors de cette rencontre, les deux hommes s’étaient en effet contentés d’évoquer des généralités, sans s’attaquer aux sujets qui fâchent.
Ainsi, le général Aoun reste plus que jamais hostile à la naissance d’un bloc parlementaire du centre qui serait proche du président de la République. Il considère qu’un député centriste est un député sans odeur ni saveur et qu’il est prêt à toutes les compromissions.
Le général a fait d’ailleurs comprendre qu’il s’opposerait à toute candidature centriste au sein de ses propres listes, allant même jusqu’à envisager des engagements écrits...