May MAKAREM
Les dernières tendances de la mode du sous-vêtement, arme secrète des femmes syriennes, sont dévoilées dans « The secret life of syrian lingerie ». Le livre, coédité par Rana Salam et Malu Halasa, largement commenté par la presse britannique, est en vente au Liban.
En Syrie, c’est la drague en string. Mais pas n’importe quel string. Truffé de gadgets à batterie, décliné dans toutes les couleurs, il arbore un « portable » qui roucoule sa chanson d’amour, une marguerite qui s’effeuille sous les lumières clignotantes, un lapereau qui clapit sous les éclairs, un nid d’oiseaux qui s’excitent, ou encore un père Noël qui s’enflamme sur un air de Wish you Merry Christmas.
Dingues, les dessous sur lesquels les Syriennes flashent. À leur pudeur en public, répond en écho leur désir d’être sexy en privé. Dans les alcôves, aucune lingerie n’est assez osée.
Le phénomène a pris une telle ampleur que les industriels syriens, débordant d’imagination, ont sorti le gros business pour imposer leur enseigne dans les souks de Damas et d’Alep, où se ruent des jeunes femmes issues de familles conservatrices de la petite (ou moins petite) bourgeoisie, quasiment toutes voilées. Ces échoppes, qui ont pignon sur rue, font aussi le régal des touristes arabes et occidentales.
Succombant devant tant de délire, Malu Halasa, journaliste londonienne spécialisée dans le Moyen-Orient, et Rana Salam, artiste-styliste libanaise, ont mené une enquête sur la vie intime en Syrie et sur l’industrie florissante qui a inondé les pays limitrophes. Dans The secret life of syrian lingerie, l’imaginaire érotique est exploré et les aspects individuels et sociaux du thème sont traités par Noura Kevorkian, le poète Ammar Abdulhamid et Iman Ibrahim. Le livre ne prétend pas apporter des réponses à toutes les questions, mais met en relief la dualité qui règne dans la société, entre la vie intime de la femme en Orient et la réalité de la vie publique.
Illustré par les photographies de Reine Mahfouz, Gilbert Hage, Issa Touma et Omar al-Moutem, le livre expose sur 170 pages une « lingerie » résultant d’un fantasme délirant : plumes, paillettes, nounours, fruits, légumes, bonbons, lèvres charnues, incoporés dans le strict minimum.
Le kitch atteint des sommets où ce n’est même plus de mauvais goût.
Les auteurs
Malu Halasa, éditeur et journaliste britannique, membre fondateur de Tank Magazine, est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Creating spaces of freedom, Transit Beirut et Transit Tehran.
La Libanaise Rana Salam, artiste-styliste installée à Londres, est spécialisée dans les identités graphiques. Son studio de création a réalisé des installations pour Harvey Nichols, Liberty, inIVA, Mint & Sharjah Biennnale 7, Africa at the Pictures, The Arts Council, Natacha Atlas (jaquette du dernier CD Mish Maoul), Patchi et Paul Smith. Son travail est remarqué par la presse britannique et les spécialistes du graphic design, notamment pour son recours à l’art populaire du Moyen-Orient qu’elle insère dans un environnement visuel d’avant-garde, créant ainsi une vision singulière et unique.
La photographe Reine Mahfouz, qui a accompagné Salam et Halasa lors de leur enquête en Syrie, a réalisé pour l’Unesco un travail documentaire sur les camps palestiniens au Liban. Elle a à son actif : Beyrouth voilée, (1998) où elle suit l’évolution de la ville avec ses grands chantiers, les portraits Nomadic Studio (2001) et les Graffitis des milices libanaises (2005).
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats