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Actualités - Opinion

Mig figue, Mig raisin

Cadeau inattendu, cadeau inespéré – cadeau tombé du ciel, c’est bien le cas de le dire – que cette dizaine de chasseurs Mig 29 tout juste offerts par la Russie. Cadeau passablement encombrant aussi, à en juger par les silencieuses réserves, interrogations et réactions qu’a suscitées cette nouvelle sur la scène locale. Bien qu’ayant déjà servi, bien qu’assez frugalement équipés en gadgets électroniques, ces avions sont parfaitement capables, selon les spécialistes, de tenir la dragée haute aux F-16 et F-A18 de fabrication américaine ; dès lors, bien des pays se bousculeraient volontiers pour recevoir si royal présent. Cela dit, le nôtre de pays, doté d’un territoire aussi exigu, a-t-il réellement besoin de ces appareils supersoniques ? Malgré les très réelles traditions d’excellence qui sont celles de notre armée de l’air renaissante, que peuvent peser finalement ces dix produits des prestigieuses usines Mikoyan-Gurevich face aux centaines d’appareils alignés par Israël ? Ne risqueraient-ils pas d’être détruits au sol, sitôt livrés, par un ennemi passé maître en agressions dites préventives ? Et avant même que de songer à affronter l’ennemi en combat aérien, ne vaudrait-il pas mieux se doter d’un dense réseau de défense par missiles propre à dissuader toute violation de l’espace libanais ? Ces questions, et on en passe, ne sont pas toutes oiseuses, c’est vrai. L’ennui, c’est qu’elles ne sont pas toujours innocentes, non plus. Car ceux-là mêmes qui affectent de faire la fine bouche se recrutent, comme par hasard, parmi les amis d’une Syrie qui a longuement et largement bénéficié, elle, des largesses russes. Et si cette affaire de Mig leur reste en travers de la gorge, c’est surtout parce qu’elle est le fruit d’une initiative en tout point remarquable entreprise par le camp adverse. Proche pourtant de l’Arabie saoudite et de l’Occident, c’est le chef du Courant du futur, Saad Hariri, qui s’en allait, il y a quelques semaines, frapper à la porte des arsenaux moscovites. Et c’est une autre personnalité du 14 Mars en visite à Moscou, le ministre de la Défense Élias Murr, qui, déclinant poliment un lot, somme toute routinier, de munitions d’artillerie, demandait il y a quelques jours – et, contre toute attente, obtenait – des chasseurs supersoniques. Pour le Kremlin, l’occasion était bonne, il est vrai, de surenchérir sur une Amérique protestant tous les jours de son soutien à l’État libanais, mais qui n’équipe qu’au compte-gouttes ses forces régulières. Quant au ministre Murr, il s’est attaché à souligner surtout la portée symbolique d’une opération qui, selon lui, change la donne stratégique : la Russie a haussé la barre, aux autres puissances amies d’en prendre acte et d’essayer de faire autant, sinon mieux ; c’est dans cette perspective d’ailleurs que semble s’inscrire l’annnonce, hier même, d’un nouveau paquet de dons militaires US au Liban. Quoi qu’il en soit, les merveilleuses machines volantes promises par Moscou sont les bienvenues pour remplacer les vénérables vestiges des années cinquante que l’on a vu, pour la première fois depuis longtemps, prendre part à la parade militaire du 22 novembre. Souvent traité en mineur, ou alors en convalescent éternellement exposé aux rechutes, le Liban de l’époque Mig ne vient pas, pour autant, d’être admis à jouer dans la cour des grands ; mais du moins son droit à disposer de moyens de protection modernes vient-il d’être conforté. Ce droit impérieux, absolu, reste à en convaincre ceux des Libanais qui le dénient eux-mêmes en brandissant leur propre droit à une résistance devenue, par ses propres abus, pomme de discorde nationale. Mig ou pas Mig, on risque fort de le constater une fois de plus à la énième reprise, lundi prochain, du dialogue sur la stratégie de défense. Issa Goraieb
Cadeau inattendu, cadeau inespéré – cadeau tombé du ciel, c’est bien le cas de le dire – que cette dizaine de chasseurs Mig 29 tout juste offerts par la Russie. Cadeau passablement encombrant aussi, à en juger par les silencieuses réserves, interrogations et réactions qu’a suscitées cette nouvelle sur la scène locale.

Bien qu’ayant déjà servi, bien qu’assez frugalement équipés en gadgets électroniques, ces avions sont parfaitement capables, selon les spécialistes, de tenir la dragée haute aux F-16 et F-A18 de fabrication américaine ; dès lors, bien des pays se bousculeraient volontiers pour recevoir si royal présent. Cela dit, le nôtre de pays, doté d’un territoire aussi exigu, a-t-il réellement besoin de ces appareils supersoniques ? Malgré les très réelles traditions d’excellence qui sont...