de Fady Noun
Un nouveau rapport sur l’application de la résolution 1701 de l’ONU (12 août 2006), qui a mis fin à la catastrophique guerre lancée par Israël contre le Hezbollah en juillet 2006, vient d’être publié. Il doit être débattu en Conseil de sécurité ce 25 novembre. Ce rapport fournit un bon cadre d’analyse de la situation actuelle au Liban, où les facteurs de stabilité et d’instabilité s’équilibrent pour le moment.
Le rapport constate que le climat politique s’est amélioré au cours des derniers mois au Liban, grâce à l’application de toutes les dispositions de l’accord de Doha (21 mai 2008). Un accord qui apparaît de plus en plus comme le fruit d’un consensus international auquel la France de Nicolas Sarkozy, dont le Premier ministre, François Fillon, vient d’effectuer une visite au Liban, n’est pas étrangère.
Le rapport relève « un plus grand degré de stabilité » au Liban, après l’élection du président Sleiman ( 25 mai). Il note comme un facteur de stabilité les « progrès notables » enregistrés dans les relations du Liban avec « ses voisins » qui ont une relation directe avec l’application de la résolution 1701.
Ainsi, indique-t-il, le Liban et la Syrie se sont mis d’accord le 15 octobre 2008 pour établir les relations diplomatiques et travailler ensemble pour résoudre un certain nombre de questions communes, y compris la délimitation de la frontière entre les deux pays. L’échange d’ambassadeurs, nous promet-on, est prévu avant la fin de l’année. Cette échéance, et ce qu’on peut en déduire, est donc observable à court terme.
Toutefois, à l’intérieur même du Liban, le secrétaire général de l’ONU reste « préoccupé » par la fréquence d’incidents dans les camps, tout en se disant « encouragé » par la coordination sécuritaire entre les autorités libanaises et les factions palestiniennes, ainsi que par les efforts déployés par l’OLP dans le but de contrôler les camps.
L’allusion est claire, dans le rapport, à la chasse aux éléments salsifistes de l’organisation Fateh el-Islam, à laquelle participent, en outre, Damas et les groupes palestiniens qui gravitent dans son orbite. La participation de ces derniers ajoute, toutefois, un élément d’ambiguïté à l’analyse, dans la mesure où Damas et le Courant du futur, au Liban, s’accusent mutuellement de nourrir des alliances secrètes avec ce groupuscule.
On pourrait ajouter au rapport un autre facteur de stabilité régionale, les pourparlers indirects de paix entre Israël et la Syrie, sous l’égide de la Turquie et la mise en place du tribunal international sur le Liban, qui doit faire la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri.
Incertitudes
Toutefois, le rapport signale un renversement de tendance, la situation politique en Israël étant désormais marquée par l’appel à des élections anticipées, le 10 février 2009. Il s’agit là d’un « facteur d’incertitude », note le rapport, dans une allusion à peine voilée à la possible arrivée au pouvoir du leader du Likoud, Benjamin Netanyahu, un faucon notoire.
Autre « facteur de tension » cité par le rapport, la poursuite de l’occupation d’une partie du village de Ghajar par Israël, une occupation que le Hezbollah continue d’invoquer pour prouver qu’un règlement par la voie diplomatique de cette question est illusoire, et que la résistance armée se justifie pleinement.
Dans les milieux diplomatiques US, où l’on aurait souhaité pouvoir faire cadeau de cette rétrocession de Ghajar au gouvernement de Fouad Siniora, on déplore qu’Israël se montre si intraitable sur cette question.
Par ailleurs, les relations malsaines que continuent d’entretenir les régimes syrien et saoudien doivent également être considérées comme source de tension non négligeable. L’accord de Doha, qui a permis l’élection d’un président au Liban, n’a pas affecté positivement ces relations, preuve s’il en est que cet accord demeure conjoncturel.
Dans ce tableau où les facteurs de stabilité le disputent aux facteurs d’incertitude et de tension, il existe plusieurs inconnues. Elles sont liées à des échéances électorales au Liban (scrutin législatif en mai 2009) et en Iran (élection présidentielle le 12 juin 2009), ainsi qu’aux nouvelles orientations que pourrait prendre la politique américaine au Moyen-Orient, notamment à l’égard de l’instauration d’un État palestinien et à l’engagement militaire en Irak. Mais ces nouvelles orientations ne prendront consistance que lorsque la nouvelle administration entrera en fonctions, en janvier 2009. Cette accumulation de dates et d’échéances fait donc de 2009 l’année de tous les possibles, aussi bien positivement que négativement.
La plus menaçante des conjonctions possibles serait celle qui verrait l’arrivée au pouvoir des ultras en Israël, en Iran et au Liban, où le Hezbollah continue de maintenir, malgré l’hostilité de la moitié au moins de sa population, une capacité militaire substantielle distincte de celle de l’État libanais, et où le « dialogue national » en cours ne semble n’avoir eu d’autre effet que d’écarter le spectre d’une guerre civile entre sunnites et chiites, qui s’est profilée à l’horizon en mai dernier.
Une invitation à imiter la Syrie et à s’engager dans des pourparlers indirects avec Israël a été lancée dernièrement au Liban par David Miliband, le chef du Foreign Office, de passage à Beyrouth. Mais pour le moment, cette inconnue doit être rangée dans la catégorie science-fiction.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats