En matière de compréhension mutuelle, la connaissance de la langue de l’autre reste un point noir.
L’Allemagne et la France, qui ont décidé il y a 50 ans de se réconcilier, sont aujourd’hui très proches par l’intensité de leurs échanges mais restent des sociétés très différentes qui se connaissent peu, estiment des experts.
Le 26 novembre 1958, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer se rencontraient pour la première fois sur le sol allemand, dans la bourgade de Bad Kreuznach. Par ce geste historique, de Gaulle, avant même de devenir formellement président français, voulait affirmer symboliquement l’importance de liens forts et stratégiques entre les deux anciens ennemis, qui s’étaient livré trois guerres en trois quarts de siècle. Depuis, les élites politiques des deux pays n’ont cessé de marteler l’importance de cette « amitié » franco-allemande, et d’encourager son développement à travers la promotion de nombreux échanges et jumelages – on en compte plus de 2 200 actuellement.
Régulièrement, des sondages réalisés dans les deux pays viennent confirmer que les Allemands placent la France en tête des pays qu’ils estiment sympathiques, tout comme les Français plébiscitent l’Allemagne. Pour autant, observe Frank Baasner, directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, la « convergence très forte des deux sociétés dans la vie pratique de tous les jours » n’a pas forcément créé une véritable « amitié ». Certes, « les gens se côtoient, se rencontrent. La réalité quotidienne et sociale des deux pays est assez comparable, et les économies sont étroitement imbriquées », mais « l’idée d’une amitié entre les peuples est une fausse idée de départ, comme l’idée de deux peuples ennemis relève de la démagogie politique », estime cet universitaire et professeur de littérature, parfaitement bilingue. « L’Allemagne et la France ne peuvent pas échapper à la nécessité de travailler ensemble. C’est une réalité, un besoin objectif, qu’il ne faut pas confondre avec une éventuelle sympathie individuelle », ajoute M. Baasner. Pour la députée sociale-démocrate allemande Angelica Schwall-Dürren, francophone et francophile, « beaucoup de choses ont changé depuis 50 ans : il y a désormais énormément de liens et d’échanges entre Français et Allemands ». Pour autant, « cela ne veut pas toujours dire qu’on se connaît très bien, il reste des différences de culture qui étonnent des deux côtés ».
Or, en matière de compréhension mutuelle, la connaissance de la langue de l’autre reste un point noir. Ainsi, en Allemagne, seuls quelque 20 % des élèves du secondaire apprennent le français, qui fait face à la dure concurrence... du latin. « Pourtant, les jeunes ont une image très positive de la France, ils écoutent sa musique, y compris le rap et le hip-hop français. Ils aiment Diam’s, par exemple », explique Andreas Nieweler, de la Fédération allemande des professeurs de français. En France, où, dans les années 1960, 25 % environ des élèves du secondaire apprenaient l’allemand, ce chiffre a chuté depuis le début des années 1990 à 15 % environ aujourd’hui (contre 40 % pour l’espagnol), malgré l’effet « Tokio Hotel », du nom de ce groupe de rock issu de l’ex-RDA qui a dopé la fréquentation des cours d’allemand.
« Les enfants ne connaissent pas beaucoup l’Allemagne, mais ce pays les intéresse, surtout Berlin », explique Thérèse Oudet, de l’Association de développement de l’enseignement de l’allemand en France. Et pour échanger, Français et Allemands ont toujours la possibilité, dans leur majorité, de recourir à... l’anglais, observe Frank Baasner. C’est ce qu’a fait début octobre, dans une émission de variétés à la télévision allemande, la Première dame de France, Carla Bruni-Sarkozy, qui a toutefois interprété sa chanson L’Amoureuse en bon français.
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L’Allemagne et la France, qui ont décidé il y a 50 ans de se réconcilier, sont aujourd’hui très proches par l’intensité de leurs échanges mais restent des sociétés très différentes qui se connaissent peu, estiment des experts.
Le 26 novembre 1958, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer se rencontraient pour la première fois sur le sol allemand, dans la bourgade de Bad Kreuznach. Par ce geste historique, de Gaulle, avant même de devenir formellement président français, voulait affirmer symboliquement l’importance de liens forts et stratégiques entre les deux anciens ennemis, qui s’étaient livré trois guerres en trois quarts de siècle. Depuis, les élites politiques des deux pays n’ont...