Depuis presque deux ans, le consommateur assiste impuissant à une hausse spectaculaire des prix, dans le sillage de la « frénésie » des cours du pétrole et du renchérissement de l’euro. Aujourd’hui, malgré le renversement de la tendance mondiale, une rigidité à la baisse se fait sentir.
Malgré une chute spectaculaire du prix du pétrole – le baril lâchant plus de 60 % de sa valeur en seulement trois mois – et la dévaluation record de l’euro qui a frôlé le seuil des 1,24 par rapport au dollar, les prix au Liban semblent moins enclins à suivre la tendance. Pourtant, ce sont ces mêmes facteurs qui étaient à la base de la flambée des prix sur le plan local au cours des 27 derniers mois. Les analystes ne s’étonnent pas encore de cette rigidité à la baisse, mais ils prévoient un tassement progressif de l’inflation au cours des prochains mois. « Le repli commence à se faire sentir, mais timidement. En août dernier, l’inflation était d’environ 13 % sur un an. En septembre, elle a chuté à 12 % », souligne l’économiste Kamal Hamdane. « Il nous faut attendre deux ou trois mois encore pour pouvoir parler de point d’inflexion », ajoute-t-il.
Pourtant sur le marché mondial, la chute vertigineuse des prix a débuté il y a presque deux mois. Au niveau des céréales, par exemple, les prix du blé, du maïs et du soja ont affiché des chutes respectives de 23 %, 28 % et 32 % depuis la mi-septembre. Par rapport à février, le boisseau de blé a même perdu plus 60 % de sa valeur. « Au Liban, le prix du riz est resté inchangé, déplore en outre Zouheir Berro, président de l’Association de protection des consommateurs. Les prix de graines, notamment les lentilles, et ceux des produits laitiers comme le fromage ou le labné, n’ont pas baissé d’un sou. »
Pour Charbel Nahas, économiste, la baisse se fait toutefois sentir au niveau des produits dont les prix sont administrés, comme les dérivés pétroliers. « Le prix du bidon d’essence est passé en quelques semaines de plus de 32 000 livres à moins de 23 000 livres, perdant ainsi près d’un tiers de sa valeur initiale. Le recul des cours du brut n’a certes pas été entièrement répercuté, mais la tendance a été à la baisse », souligne-t-il. Cette baisse ne devra plus se poursuivre en raison de la décision de l’État de rétablir la taxe sur le carburant, mais les autorités prévoient tout de même une baisse générale des prix assez soutenue sur le plan local ; le gouverneur de la Banque du Liban a ainsi évoqué, dans une récente allocution, la possibilité d’une rétraction de l’inflation à 6 % au cours des prochains mois. Un optimisme que ne partagent pas certains observateurs. « Les prix ont continué à grimper en septembre, malgré une baisse de l’inflation dans plusieurs pays du monde », relève Zouheir Berro. Selon l’indice élaboré par l’association, qui se base sur un panier de 160 produits consommés au quotidien (aliments, transport, télécoms, etc.), les prix ont augmenté de 2,8 % en septembre et de 50,33 % au cours des derniers 27 mois. Les chiffres du CRI Institute, un institut indépendant, confirment d’ailleurs cette tendance à la hausse au mois de septembre, l’indice des prix qu’il publie accusant une augmentation de 0,18 % par rapport à août.
Le Liban, dont près de 30 % des importations proviennent d’Europe et dont la monnaie nationale est indexée au dollar, devrait pourtant profiter non seulement de la dégringolade des prix du pétrole, mais aussi de la chute de plus de 20 % de la valeur de l’euro face au billet vert au cours des dernières semaines.
Raisons structurelles
Ce délai entre la baisse des prix mondiale et locale est, entre autres, le résultat d’une structure oligopolistique du marché, explique Kamal Hamdane. « Nous avons préparé une étude en 2002 portant sur la concurrence dans près de 300 secteurs et sous-secteurs au Liban, qui avait révélé que dans plus de la moitié des cas, moins de trois entreprises s’accaparaient à elles seules 50 % du secteur. » Une structure qui favorise donc l’entente implicite entre acteurs dominants sur le marché. Les prix tardent ainsi à baisser, au moins le temps que les stocks soient écoulés avec une plus grande marge de profits. Dans certaines régions du Liban, le tarif mensuel des générateurs électriques est resté au même niveau ou, au meilleur des cas, a légèrement diminué malgré le recul conséquent du prix du mazout. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le ministre de l’Économie a décidé de fixer le plafond des marges commerciales, une mesure qui suscite le mécontentement des ultralibéraux, mais considérée incontournable dans un marché peu concurrentiel. Une initiative à laquelle s’ajoute celle du ministre des Travaux publics et des Transports, Ghazi Aridi, qui a promis la semaine dernière, un réajustement à la baisse des prix des transports publics. Mais « qui va contrôler la mise en application de ces mesures ? » s’interroge Zouheir Berro. « Le mécanisme de surveillance est très faible au Liban. Malgré le vote d’une nouvelle loi en 2005 visant à renforcer la protection du consommateur, rien de concret n’a été fait. Même le tribunal spécial, dont la création est prévue dans le texte de la loi, n’a toujours pas vu le jour », ajoute-t-il.
En attendant, le consommateur libanais, qui se demande depuis des mois si faire ses courses ou remplir son réservoir n’était pas devenu le plus pénible des châtiments, s’impatiente de voir une valse à la baisse des étiquettes sur les rayons des grands ou petits magasins.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Depuis presque deux ans, le consommateur assiste impuissant à une hausse spectaculaire des prix, dans le sillage de la « frénésie » des cours du pétrole et du renchérissement de l’euro. Aujourd’hui, malgré le renversement de la tendance mondiale, une rigidité à la baisse se fait sentir.
Malgré une chute spectaculaire du prix du pétrole – le baril lâchant plus de 60 % de sa valeur en seulement trois mois – et la dévaluation record de l’euro qui a frôlé le seuil des 1,24 par rapport au dollar, les prix au Liban semblent moins enclins à suivre la tendance. Pourtant, ce sont ces mêmes facteurs qui étaient à la base de la flambée des prix sur le plan local au cours des 27 derniers mois. Les analystes ne s’étonnent pas encore de cette rigidité à la baisse, mais ils prévoient un tassement progressif de...