Pour tenir les jeunes éloignés de la criminalité, rien de tel que le sport.
Au centre du cercle, deux adolescents noirs tout de blanc vêtus se défient en dessinant dans l’air de grands ronds de jambes sur le rythme lent des percussions. Ils s’entraînent à la « capoeira » à l’endroit où pourrait être né ce mélange de danse et d’arts martiaux... en Angola.
Traditionnellement, ce sport est associé aux favelas de Rio ou São Paulo, où il est très populaire. Mais ses partisans se déchirent sur son origine : est-ce une invention brésilienne ou l’importation par les esclaves de pratiques africaines ?
Pour le père Stefano, un prêtre catholique italien installé en Angola depuis 2003, il n’y a pas de doutes. « Mes recherches m’ont appris que la capoeira est née en Angola, quelque part dans le sud du pays », dit-il. Or, regrette le père, les Angolais l’ignorent. « Les sports populaires ici sont le football, le basket-ball et le handball qui ne sont pas angolais, alors que la capoeira l’est. » « Je veux faire revenir la capoeira là où elle est née », poursuit le père Stefano qui a introduit en 2004 un « Curso de capoeira » dans son école catholique du quartier pauvre et malfamé de Sambizanga, dans la capitale Luanda.
Au début, il fait venir des enseignants brésiliens qui ont transmis leur savoir-faire à leurs cousins lusophones d’Angola. Mais sa principale difficulté fut de convaincre les parents d’inscrire leur progéniture à ses cours. « Ils disaient qu’ils ne voulaient pas que leurs enfants apprennent à combattre, qu’il y avait suffisamment de violence dans le quartier », explique-t-il. « Mes parents disaient que c’était dangereux pour une femme de se battre », ajoute Yolanda Silva, 15 ans, à qui il a fallu une bonne dose de persuasion pour les faire céder. Contrairement aux préjugés, elle est pour sa part convaincue « qu’avec toutes les mauvaises choses qui ont lieu dans le quartier, ce sport est une activité positive. »
Sambizanga, comme le reste du pays, a été affecté par les 27 ans de guerre civile qui ont déchiré l’Angola de 1975 à 2002. Les richesses pétrolières du pays lui ont permis depuis de connaître la croissance la plus rapide du continent, mais deux tiers de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté, et les problèmes sociaux restent considérables.
C’est d’ailleurs l’autre motivation du père Stefano. « Occuper les jeunes avec la capoeira les tient éloignés de la criminalité », assure-t-il. Et une fois dans son école, ils ont aussi accès à une éducation sur les droits de l’homme, le sida, les valeurs chrétiennes… Trois fois par semaine, les enfants de tous âges se mélangent pour s’exercer à ce style à la fois chorégraphique, acrobatique et très physique, sous la supervision de sœur Furvia. Pour elle, la capoeira apporte un « message positif » parce qu’elle a été inventée par les esclaves d’Angola pour lutter contre leur condition. « Ce n’est pas seulement de l’art, cela s’adresse à la personne dans son intégralité », dit-elle.
L’Angola a été un important pourvoyeur d’esclaves entre le XVIe et le XIXe siècle. Jusqu’à deux millions d’Angolais pourraient avoir été déportés par les colons portugais de l’autre côté de l’Atlantique, dont la moitié au Brésil.
Le père Stefano se consacre aujourd’hui à populariser la capoeira dans l’ensemble du pays, où plusieurs écoles ont déjà ouvert. Sa plus grande fierté est toutefois d’avoir arraché un accord avec le ministère de l’Éducation pour faire entrer cette discipline dans les programmes scolaires. Et de marteler : « Nous voulons montrer que la capoeira est très angolaise, très africaine. »
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Au centre du cercle, deux adolescents noirs tout de blanc vêtus se défient en dessinant dans l’air de grands ronds de jambes sur le rythme lent des percussions. Ils s’entraînent à la « capoeira » à l’endroit où pourrait être né ce mélange de danse et d’arts martiaux... en Angola.
Traditionnellement, ce sport est associé aux favelas de Rio ou São Paulo, où il est très populaire. Mais ses partisans se déchirent sur son origine : est-ce une invention brésilienne ou l’importation par les esclaves de pratiques africaines ?
Pour le père Stefano, un prêtre catholique italien installé en Angola depuis 2003, il n’y a pas de doutes. « Mes recherches m’ont appris que la capoeira est née en Angola, quelque part dans le sud du pays...