Le sermon d’un dignitaire religieux « contre la débauche » dans la ville sainte irakienne de Kerbala a suscité une vive polémique parmi les habitants, qui reprennent tout juste leur souffle après le règne des miliciens intégristes.
« Nous en avons assez des tragédies, des morts et des bombes. Les Irakiens sont en quête d’espoir et eux (les religieux) veulent nous interdire de goûter aux plaisirs les plus élémentaires. Souhaitent-ils que nous passions notre temps à pleurer et à nous flageller ? » lance Kassem Raad, un étudiant. Vendredi dernier, lors de son prêche, Abdel Mehdi al-Kerbalaï, représentant du grand ayatollah Ali Sistani dans cette ville, avait fustigé la dégradation des mœurs. « Des comportements nuisibles sont apparus récemment dans notre ville avec notamment la musique, la danse, les fêtes de mariage et les tenues provocantes dans les vitrines », s’était-il écrié, avant de prévenir : « Nous sommes comptables devant Dieu et il revient à chacun d’interdire la débauche, qu’il s’agisse de l’État, des organisations non gouvernementales ou des enseignants. »
Les magasins de CD et les salons de coiffure pour dames avaient fermé leurs portes après la chute de l’ancien régime laïc de Saddam Hussein, et des commerces récalcitrants avaient été plastiqués. Samir garde en mémoire l’irruption d’hommes armés dans son magasin de mode pour le contraindre à voiler ses mannequins d’étalage. « Une cliente culottée leur avait demandé pourquoi ils n’imposaient pas aussi des turbans sur la tête des mannequins masculins », confie-t-il. Dans ce haut lieu du chiisme, où sont enterrés Hussein et son frère Abbas, tués lors de la bataille de Kerbala en 680, l’Armée du mahdi du dirigeant radical Moqtada Sadr avait créé il y a cinq ans une unité « pour combattre le vice et faire régner la vertu ». Le gel de l’activité de cette milice après les combats d’août 2007 avait clos cette période puritaine.
Cheikh Kerbalaï s’en est également pris à une pièce satirique, intitulée « Être un parlementaire », et jouée pendant 10 jours début octobre par une troupe venue de Bagdad, avant d’être interdite par la municipalité « pour atteinte à la pudeur ». « Nous sommes un pays multiéthnique et multiculturel et ils ne peuvent pas nous imposer leur mode de vie. En Irak, il y a des religieux et des laïcs », s’insurge Salem Jahel, employé d’une agence de tourisme. Interrogée par l’AFP, une source du bureau de l’ayatollah Sistani a adopté une attitude prudente. « Ces propos (de cheikh Kerbalaï) ne représentent pas l’avis de l’ayatollah, mais en tant que représentant de Sayyed Sistani, il sait ce qu’il a à faire », a-t-elle dit.
Toutefois, le sermon de cheikh Kerbalaï a trouvé un écho favorable chez une partie de la population. « Je le soutiens à condition que cela se fasse par la persuasion et non par la force, car l’islam est attaqué de toutes parts et, si nous usons de la contrainte, on nous traitera de terroristes », souligne Zouheir Saad, un fonctionnaire municipal de 35 ans. « Kerbala n’est pas Bagdad, ni Babylone. C’est une ville sainte et ceux qui veulent s’amuser peuvent le faire chez eux et discrètement », renchérit Adel Abbas, qui travaille dans une mosquée.
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« Nous en avons assez des tragédies, des morts et des bombes. Les Irakiens sont en quête d’espoir et eux (les religieux) veulent nous interdire de goûter aux plaisirs les plus élémentaires. Souhaitent-ils que nous passions notre temps à pleurer et à nous flageller ? » lance Kassem Raad, un étudiant. Vendredi dernier, lors de son prêche, Abdel Mehdi al-Kerbalaï, représentant du grand ayatollah Ali Sistani dans cette ville, avait fustigé la dégradation des mœurs. « Des comportements nuisibles sont apparus récemment dans notre ville avec notamment la musique, la danse, les...