de Fady Noun
Le jour même où le général Michel Aoun vante la parfaite impartialité de Téhéran au Liban, Mgr Guy-Paul Noujaim, vicaire du diocèse patriarcal maronite de Sarba, a dénoncé hier devant le synode des évêques au Vatican une utilisation idéologique de la Bible en Israël qui conduit, selon lui, à justifier les annexions de terres et à nier les droits des Palestiniens, rapporte l’AFP.
« Pour les juifs en général, et surtout pour certains religieux intégristes, la Bible se présente comme une sorte de cadastre délimitant les frontières d’Israël », a déclaré Mgr Noujaim, selon le texte intégral de son intervention cité par l’agence.
Dans le texte intégral, Mgr Noujaim a souligné que « de nombreux chrétiens, et même des catholiques, que l’on appelle “sionistes chrétiens”, adhérent à ce courant ». « Certains d’entre eux proclament que le peuple palestinien n’a aucun droit de posséder une terre en Palestine », a-t-il relevé.
Pour le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, « les chrétiens arabes en général ont souvent du mal à lire l’Ancien Testament, non à cause de la Parole de Dieu elle-même, mais à cause de ses interprétations politiques et idéologiques ».
Il est important de comprendre que nous sommes là dans la dimension religieuse de la crise régionale. Hélas, l’erreur de l’annexion politique de la religion, si nuisible à la Parole de Dieu, a également son répondant dans d’autres religions. Nous sommes, à notre corps défendant, pris au piège de ces fondamentalismes.
Curieusement, pour les chrétiens comme pour les musulmans, au cœur de cette dimension religieuse, il y a Israël et Jérusalem. Il y a aussi, touchant aux fins dernières, la délicate question du Mahdi, l’imam caché dont les chiites attendent « le retour », une croyance que ne partagent pas les sunnites.
Cette vision est en conflit direct avec celle des « sionistes chrétiens » qui estiment qu’en aidant à la restauration et la consolidation d’Israël, ils contribuent à la conversion du peuple juif au christianisme et hâtent, d’une certaine façon, la fin des temps et le second avènement du Christ. Un équivalent de ces scénarios d’apocalypse existe certainement dans le judaïsme.
Ces vues contradictoires portent en elles, en germes, un choc des civilisations, un choc entre des systèmes clos, des interprétations qui se veulent infaillibles de la volonté divine.
Faut-il désespérer ? Est-il possible d’échapper au choc des fondamentalismes ? Comment répondre à une question aussi difficile ? Le Liban a été décrit par Jean-Paul II comme « plus qu’un pays, un message ». Le pape avait à l’esprit le Liban comme modèle de rapports entre musulmans et chrétiens. De fait, il y a au Liban quelque chose d’unique : c’est une situation de communauté culturelle – nous sommes un petit pays, tout le monde connaît tout le monde, nous aimons les mêmes plats et célébrons ensemble nos fêtes – et d’égalité civique absolue entre chrétiens et musulmans. C’est ce modèle que Jean-Paul II voulait présenter au monde.
Bien sûr, dans les faits, les rapports entre musulmans et chrétiens sont loin d’être exemplaires. Des tiraillements existent. La communauté culturelle est battue en brèche par certains : on ne met plus l’accent sur les mêmes valeurs, on ne s’habille plus de la même façon, on se distingue par la manière de se saluer ou par le rejet de certaines formes de loisir, etc. Par ailleurs, l’égalité civique subit des entorses, en raison du clientélisme ou du sectarisme de certains groupes. Mais ces réserves font ressortir encore plus vivement la justesse des principes. Ainsi, il ne faut pas laisser l’arbre nous cacher la forêt. Nous restons attachés aux principes. Dans les textes comme souvent dans la pratique, le respect mutuel que se portent les Libanais de toutes confessions est véritablement un modèle. Il s’agit là véritablement d’un « message », d’un modèle de modération, de tolérance et de pluralisme où doivent s’engager tous les peuples. Mais il s’agit d’un combat difficile, d’un combat de tous les jours où la victoire ne doit jamais être considérée comme acquise une fois pour toutes.
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