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Actualités - Opinion

Le point Front fuyant

de Christian Merville « Maudit soit le PKK ! Les martyrs sont immortels », scandaient les foules aux obsèques des 15 soldats morts dans des affrontements avec les rebelles kurdes,vendredi dernier à la frontière avec l’Irak.Le problème, c’est que la patience du diable est notoirement infinie et longue est l’éternité.Cette guerre en pointillé qui ne veut pas dire son nom, il y a maintenant un quart de siècle qu’elle dure sans qu’il soit possible d’en voir l’issue. Au contraire, constate-t-on : elle se complique au fil des ans même si, militairement, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a vu ses effectifs ramenés à près de 4 000 hommes, autant en raison des ripostes musclées à son action que de la désaffection d’une population que n’attire plus le miroir d’une impossible indépendance. Le bilan des pertes, lui, est autrement plus impressionnant : 44 000 morts dans des actes de violence qui vont des incursions à partir du territoire voisin aux attentats particulièrement meurtriers, comme celui perpétré fin juillet dernier quand, en deux temps, 17 tués et plus de 150 blessés sont tombés dans une proche banlieue d’Istanbul. À l’image de tous les combats pour l’indépendance, le duel entre le David kurde et le Goliath turc a connu des périodes d’accalmie alternant avec des éruptions meurtrières. À chaque fois, la riposte ordonnée par l’état-major central s’accompagnait de mises en garde à l’adresse de l’autorité à Bagdad, accusée de fermer l’œil sur l’aide apportée par les anciens peshmergas de Moustapha Barzani à leurs frères, solidement retranchés dans des camps (on en compterait jusqu’à une douzaine dans les monts Kandil). Le week end dernier, le ton est encore monté quand le chef d’état-major adjoint, le général Hasan Igsiz, a dénoncé la passivité de l’administration irakienne de la zone nord, allant jusqu’à évoquer une aide indirecte assurée aux indépendantistes sous la forme d’hôpitaux et de réseaux routiers. C’est un fait que l’opération du 3 octobre à Aktutun, dans la zone de Hakkari, une province montagneuse d’un accès difficile, a réussi grâce à l’appui de l’artillerie basée en territoire irakien. Il est tout aussi vrai que la marge de manœuvre du gouvernement Maliki est bien faible, alors qu’aucun progrès n’a été enregistré au plan interne, que les Américains ne laissent à leurs protégés qu’un simple rôle de figurant et que le Premier ministre ne tient nullement, en ces heures de tous les doutes, à se colleter avec un président de la République kurde et lui-même gêné aux entournures par le responsable de l’administration du Kurdistan, Massoud Barzani. Coincés, les Turcs le sont eux aussi, qui se trouvent une fois de plus placés devant une alternative dont chacun des deux termes n’apporte qu’une fausse solution. Ils peuvent ainsi continuer à faire parler le canon sans pour autant espérer aboutir à une solution militaire, ou bien initier un gigantesque programme de développement censé aider une couche ethnique composée tout de même de 17 millions d’âmes et qui demeure douloureusement démunie. Passer de la cosmopolite Istanbul (classée la métropole ultramoderne de l’année par la revue Wallpaper) à Diyarbakir, capitale du Sud-Est, revient à basculer d’un Ouest hyper- industrialisé au pire des tiers-mondes, constate un journaliste anglo-saxon, frappé par la brutale transition entre, ici, les gratte-ciel et là les bidonvilles. Conscient de cette disparité énorme, Recep Tayyip Erdogan a annoncé cet été un vaste programme de développement doté d’un budget de 12 milliards de dollars, accueilli dans un climat de doute à peine poli tant sont nombreuses les aides faites jadis et demeurées à l’état de promesses. Cette fois pourtant, l’État a tout intérêt à tenir ses engagements concernant l’équipement en infrastructures et à réduire ses objectifs militaires. Parce que l’Union européenne suit attentivement l’évolution de la situation économico-sociale dans le Sud-Est, entre autres, avant de se prononcer sur la demande d’adhésion de la Turquie. Et parce qu’une guerre en bonne et due forme serait de nature à déstabiliser cette zone du Moyen-Orient aujourd’hui hautement instable mais appelée – surtout dans sa composante turque – à jouer un rôle déterminant une fois réglé le problème irakien et résolue l’énigme iranienne. Que cette double échéance tarde à venir ne rend que plus impérieuse la nécessité de trouver une issue à ce qui est devenu une « question » – comme autrefois les Balkans, comme de nos jours la Palestine. Déjà le PKK a réduit ses prétentions, les ramenant à une simple reconnaissance d’une certaine forme d’autonomie et à l’amnistie de ses dirigeants. À Ankara d’exorciser ses vieux démons nés au lendemain de la Première Guerre mondiale et de montrer au monde que l’ancien « homme malade » ne craint pas les rechutes.
de Christian Merville

« Maudit soit le PKK ! Les martyrs sont immortels », scandaient les foules aux obsèques des 15 soldats morts dans des affrontements avec les rebelles kurdes,vendredi dernier à la frontière avec l’Irak.Le problème, c’est que la patience du diable est notoirement infinie et longue est l’éternité.Cette guerre en pointillé qui ne veut pas dire son nom, il y a maintenant un quart de siècle qu’elle dure sans qu’il soit possible d’en voir l’issue. Au contraire, constate-t-on : elle se complique au fil des ans même si, militairement, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a vu ses effectifs ramenés à près de 4 000 hommes, autant en raison des ripostes musclées à son action que de la désaffection d’une population que n’attire plus le miroir d’une impossible indépendance. Le...