Mahmoud HARB
Dans un contexte de baisse des cours du blé,
l’abrogation de la subvention
de la farine est à l’étude.
Bien plus qu’un produit alimentaire de base, le pain libanais est devenu, du fait de la trivialité du débat économique au Liban, un emblème de la crise sociale qu’affronte le pays depuis des années. L’État s’était donc empressé de mettre en place un système de subvention de la farine utilisée pour la fabrication de ce type de pain, lorsque les cours du blé et du mazout s’étaient envolés au niveau international.
Or au cours des dernières semaines, les marchés mondiaux des denrées cotées ont enregistré une baisse substantielle du prix du blé, alors que les cours du brut se sont détendus. Il serait donc légitime de songer à une révision d’un mécanisme de subvention mis en place à une époque où le prix de la tonne de blé était de l’ordre de 600 dollars alors qu’il s’est aujourd’hui établi aux alentours des 380 dollars. D’autant que cette subvention coûte à l’État quelque 60 millions de dollars par an, au dire d’une source officielle informée.
Rappelons que pour maintenir constant à 1 500 livres le prix du paquet de pain, les autorités acquièrent, par adjudication publique sur les marchés, des quantités de farine qu’elles vendaient ensuite aux 13 minoteries accréditées, moyennant un prix réduit et sur base d’un système de quotas.
La baisse des cours du blé a été à l’origine de la décision prise le mois dernier par le ministre de l’Économie, Mohammad Safadi, pour hausser de 11 000 livres le prix de vente de la farine subventionnée aux minotiers qui a été fixé à 259 000 livres. Ce prix avait été ramené de 260 dollars à 248 000 livres par son prédécesseur Sami Haddad, lorsque les boulangers ont menacé d’augmenter unilatéralement le tarif du pain.
Hier, le ministère de l’Économie a mis en place un nouveau système de distribution de la farine, dans le but de « renforcer l’équité », selon la source officielle précitée. Il s’agit d’accorder aux boulangeries des coupons qu’elles pourront utiliser auprès de la minoterie de leur choix.
Ce mécanisme, déjà essayé sous le mandat de Sami Haddad, renforce le pouvoir de négociation des boulangers, ce qui irrite les minotiers. De plus, comme l’expérience l’a montré, la distribution massive de coupons incite fortement à la fraude. Des boulangeries fermées depuis des années avaient ouvert leurs portes pour profiter de la manne étatique, en vendant à un prix bonifié la farine acquise aux frais du contribuable ou en l’utilisant pour fabriquer d’autres produits que le pain libanais.
Selon la source officielle précitée, ces amendements du mécanisme de subvention ont été mis en place en vue de la suppression totale de ce système. Mohammad Safadi est en train d’étudier la possibilité de supprimer la subvention, vu que le contexte international le permet, a-t-elle ajouté.
« Le ministre de l’Économie envisage sérieusement d’abroger le système, à la fin décembre, lorsqu’il aura liquidé les quantités de farine achetées par l’État, quitte à relever à 2 000 livres le prix du paquet de pain, souligne de son côté le président du syndicat des minotiers Arslane Sinno, interrogé par L’Orient-Le Jour. Il voudrait utiliser les 60 millions économisés par l’État pour financer des projets plus efficaces qui profiteraient aux tranches défavorisées. Mais ce dossier est éminemment politique et guère économique. La suppression de la subvention doit être avant tout minutieusement préparée avec les principaux acteurs du 14 et du 8 Mars. »
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