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Actualités - Opinion

L’état du monde

de Ban Ki-moon* Nous sommes tous conscients des périls d’aujourd’hui : une crise financière mondiale, une crise énergétique mondiale et une crise alimentaire mondiale. Et une fois de plus, les négociations sur le commerce international ont échoué. De nouvelles guerres éclatent et la violence se répand. La menace que pose le réchauffement climatique sur notre planète devient de plus en plus manifeste. Nous disons que des problèmes mondiaux exigent des solutions au niveau mondial. Pour autant, agissons-nous ? En vérité, nous sommes confrontés aujourd’hui à une crise d’un autre type – le défi d’un leadership mondial. De nouveaux centres de pouvoir et de leadership apparaissent en Asie, en Amérique latine et dans le monde nouvellement développé. Dans ce nouveau monde, le défi est de plus en plus celui de la collaboration, non celui de la confrontation. Un pays ne peut plus défendre ses intérêts ou améliorer le bien-être de sa population sans un partenariat avec d’autres. Pourtant, je vois un danger dans l’attitude de pays qui ont le regard tourné vers eux-mêmes plutôt que vers un avenir partagé. Je vois le danger qu’il y aurait à s’éloigner des progrès que nous avons accompli, notamment dans le domaine du développement économique et d’une répartition plus juste des fruits de la croissance mondiale. Oui, la croissance mondiale a tiré des milliards de gens de la pauvreté. Pourtant, si vous faites partie des pauvres de la planète, vous n’avez jamais ressenti la pauvreté aussi durement. Oui, le droit international et la justice n’ont jamais eu une place aussi importante. Pourtant, ceux qui vivent dans des pays où les droits de l’homme ne sont pas respectés n’ont jamais été aussi vulnérables. Oui, la plupart d’entre nous vivons en paix et en sécurité. Pourtant, la violence augmente dans beaucoup de pays, en Afghanistan, en Somalie, en République démocratique du Congo, en Irak ou au Soudan. Leurs problèmes font partie des urgences du monde en développement auxquels nous sommes confrontés. L’année dernière, le prix du pétrole, de la nourriture et des matières premières a fait un bond. Les pays riches s’inquiètent de la récession, tandis que les pauvres n’ont plus assez à manger. Les Objectifs du millénaire pour le développement sont une partie de la solution. Mais les progrès sont inégaux. Les promesses n’ont pas été tenues. Néanmoins, du fait de ce que nous avons déjà réalisé, nous savons que ces objectifs sont à notre portée. Les Nations unies sont le champion des plus faibles. Quand une catastrophe survient, nous intervenons. Nous l’avons fait cette année à Haïti et dans d’autres pays des Antilles frappés par des ouragans. Nous l’avons fait après l’ouragan Nargis au Myanmar où le défi consiste maintenant à faire pression en faveur de progrès politiques, ce qui passe par des mesures crédibles dans le domaine des droits de l’homme et de la démocratie. Nous secourons des populations touchées par de graves inondations en Asie du Sud-Est et par la sécheresse dans la Corne de l’Afrique où 14 millions de personnes ont besoin d’une aide d’urgence. Depuis mon entrée en fonctions, j’ai appelé à une action plus énergique en Somalie. Devons-nous attendre – et voir encore davantage d’enfants mourir dans le sable ? La crise alimentaire mondiale ne disparaîtra pas d’elle-même, même si elle ne fait plus la une. L’année dernière à la même époque, le prix d’une tonne de riz était de 330 dollars, il est aujourd’hui de 730 dollars. Les acheteurs ont dû se restreindre. Ceux qui faisaient deux repas par jour n’en font plus qu’un. L’ONU s’est fixé pour objectif l’approvisionnement en graines et en engrais des petits agriculteurs. Nous cherchons une nouvelle « révolution verte » en Afrique, mais nous manquons de ressources nouvelles. Les actes de la communauté internationale ne sont pas à la hauteur de ses discours. Au Burundi, en Sierra Leone, au Libéria et au Timor-Oriental, nos ressources arrivent à leur limite parce que les forces de maintien de la paix de l’ONU aident ces pays à rétablir la paix. Néanmoins, la diplomatie préventive de l’ONU joue souvent un rôle crucial. Nous en voyons le résultat au Népal, au Kenya et nous l’espérons, bientôt au Zimbabwe. Il y a également une réelle probabilité de parvenir à réunifier Chypre. En Géorgie, l’ONU peut contribuer à diminuer les tensions résultant du récent conflit. En Côte d’Ivoire, nous aiderons à organiser des élections avant la fin de l’année – une avancée majeure en direction du redressement du pays et de la démocratie. Mais il est dangereux de croire que l’ONU peut résoudre les problèmes complexes du monde d’aujourd’hui sans le soutien résolu de ses États membres. Ainsi, au Darfour, nous avons constamment des difficultés pour respecter le calendrier de déploiement des troupes. Nous manquons de ressources matérielles de première importance, ainsi que de personnel. Sans les ressources adéquates, les mandats sont du vent. Et maintenant tout ce que nous avons fait – le financement du développement, les dépenses sociales dans les pays riches et dans les pays pauvres, les Objectifs du millénaire pour le développement, les missions de maintien de la paix – est menacé par la crise financière mondiale. Nous devons remettre en ordre les marchés financiers internationaux. Nous devons imaginer un nouvel ordre économique mondial qui reflète mieux les réalités changeantes de notre époque. Ces réalités exigent de l’ONU une action continue sur d’innombrables fronts : la lutte contre le paludisme et le sida, la diminution de la mortalité infantile et maternelle, le combat contre le terrorisme international, le contrôle du désarmement et de la non-prolifération nucléaire. Sur la péninsule coréenne, tous les accords issus de la négociation des six parties doivent être appliqués et l’Iran doit respecter les résolutions du Conseil de sécurité et coopérer pleinement avec l’Agence internationale pour l’énergie atomique. Et avant tout, le domaine des droits de l’homme appelle notre vigilance. La justice doit être considérée comme un pilier de la paix, de la sécurité et du développement. Nous devons faire des progrès quant à la « responsabilité de protéger ». Malgré les véritables difficultés politiques, nous ne pouvons laisser impunis des crimes contre l’humanité. Le réchauffement climatique reste le problème fondamental de notre époque. Nous devons retrouver notre élan. Le premier test interviendra dans trois mois à Poznan en Pologne. Il nous faudra à ce moment-là une vision commune d’un nouvel accord mondial sur le réchauffement climatique pour remplacer le Protocole de Kyoto qui arrivera à échéance en 2012. Toute l’action de l’ONU repose sur le devoir de responsabilité. Nous devons changer la culture de l’ONU. Nous devons devenir plus rapides, plus flexibles et plus efficaces – plus modernes. Nous devons remplacer le système actuel de contrats et de conditions d’intervention qui sont mal appropriés et démoralisants. Mais il faut que les États membres aussi aient un devoir de responsabilité. Les résolutions décidant d’opérations de maintien de la paix ne peuvent continuer à être adoptées sans les troupes, l’argent et le matériel nécessaires. Nous ne pouvons envoyer le personnel de l’ONU – dont 25 membres ont perdu la vie cette année – partout dans le monde sans assurer leur sécurité. Nous ne pouvons pas réformer cette organisation sans les ressources voulues. Les incertitudes d’aujourd’hui disparaîtront, à condition que nous agissions sagement et de manière responsable. Ainsi, nous ouvrirons la voie à une ère nouvelle de stabilité et de prospérité globale, plus largement et plus équitablement partagée. © Project Syndicate, 2008. Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
de Ban Ki-moon*

Nous sommes tous conscients des périls d’aujourd’hui : une crise financière mondiale, une crise énergétique mondiale et une crise alimentaire mondiale. Et une fois de plus, les négociations sur le commerce international ont échoué. De nouvelles guerres éclatent et la violence se répand. La menace que pose le réchauffement climatique sur notre planète devient de plus en plus manifeste. Nous disons que des problèmes mondiaux exigent des solutions au niveau mondial.
Pour autant, agissons-nous ? En vérité, nous sommes confrontés aujourd’hui à une crise d’un autre type – le défi d’un leadership mondial. De nouveaux centres de pouvoir et de leadership apparaissent en Asie, en Amérique latine et dans le monde nouvellement développé. Dans ce nouveau monde, le défi est de plus en plus celui de...