Malgré les discours douceâtres et les promesses alléchantes, malgré l’amorce d’un dialogue national qui s’annonce laborieux, malgré les appels sincères ou pas au calme et au respect de l’autre, le sang continue inexorablement, absurdement de couler. Pour le portrait d’un chef du 8 ou du 14 Mars, le drapeau d’un parti, quel qu’il soit, ou la « dignité » d’une communauté, il se trouve toujours un Libanais échaudé prêt à mourir. Ou pire, à tuer.
Les faits et les circonstances entourant les escarmouches meurtrières entre partisans des camps adverses s’avèrent quasiment futiles, dérisoires face à la double portée des heurts civils désormais récurrents. En premier, qu’un citoyen soit disposé à s’improviser assassin ou assassiné, à sacrifier son « seul luxe ici-bas» – l’expression est de Georges Brassens – pour une bagatelle rappelle que le quotidien des Libanais, ou du moins d’une grande partie d’entre eux, est souvent difficile à vivre. Que la crise économique latente depuis des années et fulgurante ces derniers temps vide les bourses et désespère les consciences. Que la carence des services publics laisse pour compte de nombreuses tranches de la population. Que la défaillance du système scolaire libanais confie à la rue le soin d’éduquer des délinquants, de former des miliciens.
Au-delà des réformes sociales structurelles que requiert la restauration perpétuelle et non provisoire de la paix civile, la récurrence des incidents sécuritaires n’est pas sans rappeler une nouvelle fois l’érosion continuelle, profonde, de l’autorité de l’État depuis deux ans. Laquelle érosion est le fait de l’attitude de toutes les parties ou presque. Il importe peu de connaître le calibre des armes distribuées par les formations à leurs militants car c’est l’existence même de ces armes, qu’il sagisse d’un kalachnikov ou d’un lance-roquettes, entre les mains de la population qui balaye l’autorité de l’État et la crédibilité des forces de l’ordre. Et qui incite les individus à défendre eux-mêmes ce qu’ils jugent discrétionnairement être leurs droits.
Ce retour à la violence hobbesienne n’est qu’accentué par certains discours claniques qui fusent de temps en temps, bien que l’heure soit à la réconciliation. Ainsi, le chef des Marada, Sleimane Frangié, affirmait hier, en parlant du député Farid Habib, que « l’immunité parlementaire existe peut-être pour l’État, mais elle n’a aucune valeur chez nous ». L’on serait tenté de s’interroger sur le fait de savoir où se trouve cette zone baptisée « chez nous » par l’ancien ministre, et quelle loi, quelle Constitution y sont appliquées, si ce n’est celles de la République libanaise qui accorde une immunité aux législateurs…
Le processus de réconciliation qui est actuellement en vigueur ne réussira certes pas à empêcher en amont des incidents semblables à celui du Koura. Sa poursuite demeure toutefois indispensable « pour que le Liban ne soit ni l’arène ni la victime des retournements attendus de la conjoncture régionale », comme le notait hier le ministre d’État, Waël Bou Faour.
Les contacts se poursuivent donc en coulisses pour procéder à de nouvelles réconciliations en zones sensibles et consolider celles qui ont été déjà conclues. Le président de la République « ne ménage aucun effort », selon les milieux proches de Baabda, pour accueillir, au palais présidentiel, des rencontres bilatérales entre les chefs de file des deux camps. « Le chef de l’État voudrait réunir Saad Hariri et Hassan Nasrallah, ce dernier et Walid Joumblatt, Samir Geagea et Sleiman Frangié, etc. », ajoutent ces milieux.
Le PSP, le Courant du futur, le Hezbollah et les Forces libanaises semblent, au vu des discours de leurs ténors, disposés à donner une suite favorable aux propositions de Michel Sleiman. Sauf qu’avec l’attitude conciliante de ces quatre formations jure la rigidité croissante du CPL dont le chef a souligné que la réconciliation entre le PSP et le Courant aouniste « sera plus difficile » que celle qui a été scellée entre le parti joumblattiste et le Hezbollah. Michel Aoun est d’ailleurs revenu à la charge hier en accusant Fouad Siniora de « nous avoir menés à la situation actuelle par le biais de sa politique improvisée ». Pourtant, Mario Aoun, Gebran Bassil et Issam Abou Jamra exécutent bel et bien la politique d’un gouvernement présidé par Fouad Siniora…
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Les faits et les circonstances entourant les escarmouches meurtrières entre partisans des camps adverses s’avèrent quasiment futiles, dérisoires face à la double portée des heurts civils désormais récurrents. En premier, qu’un citoyen soit disposé à s’improviser assassin ou assassiné, à sacrifier son « seul luxe ici-bas» – l’expression est de...