Le président Michel Sleiman prend sur lui de lancer le pari du dialogue. En retour, obligation de résultats positifs pour les protagonistes du cru, dont la responsabilité nationale est maintenant de s’entendre.
Plus facile à dire qu’à faire. Surtout pour ce qui est de l’essentiel : l’essor d’un véritable État, non brouillé, au double sens du terme. Ce qui passe, nécessairement, par un règlement du grave problème, aux connotations innombrables, que pose l’armement milicien, arsenal du Hezbollah en tête.
Le cycle de réconciliations internes entamé à Tripoli et qui aborde la Békaa-Ouest, la Montagne et Beyrouth représente une chance et un avantage circonstanciels de poids. En instituant, en propageant, un climat de détente populaire appelé à s’étendre au domaine politique. Donc à favoriser le succès du dialogue.
Mais il y a, presque toujours, loin de la coupe aux lèvres. En atteste le capotage flagrant, à la limite scandaleux, des résolutions de la précédente édition de dialogue, pourtant prises à l’unanimité. Restées lettre morte, exception faite pour la plus anodine d’entre elles politiquement, l’établissement prochain de relations diplomatiques avec la Syrie. Un échange d’ambassadeurs décroché par le président Sleiman lors de ses deux entrevues avec le président Assad. Pour le reste, rien, nihil, nada, niente, nothing, kaput, machi : pas de démantèlement des bases palestiniennes d’obédience syrienne à Naamé ou dans la Békaa ; pas de régulation des camps palestiniens et de leur armement, pas de tracé des frontières ; pas d’homologation de la libanité des hameaux de Chebaa. Et pour couronner l’ensemble, pas d’application complète de la 1701 ou de la 1559.
Avant que d’innover, les dialoguistes conviés à Baabda doivent donc recertifier ces décisions antérieures. Dont la concrétisation dépend largement de la bonne volonté syrienne. À ce propos, la tendance est généralement à l’optimisme. Car on s’attend à ce que le président Assad rende bientôt sa visite au président Sleiman. Pour des entretiens devant faire avancer les questions précitées, Chebaa ou les bases palestiniennes. Ainsi que l’affaire des Libanais détenus en Syrie, dossier que la précédente table ronde de dialogue n’avait pas traité.
Équivoque
Quant à la crise de la présidentielle, du cabinet et de la loi électorale, également restée sans approche précédemment, elle a été, grosso modo et plus ou moins, réglée à Doha. Un président de consensus a été élu, un cabinet dit d’union nationale mis en place, et la formule de 1960 a été en principe retenue pour les prochaines législatives. Mais le seul point vraiment acquis reste l’avènement du général Sleiman. Le gouvernement est désuni. Et la 1960 lourdement discutée sur deux plans : faut-il, ou non, modifier le découpage des cazas-circonscriptions ; doit-on, complètement ou partiellement, adopter les réformes recommandées par la commission Boutros.
Dans le même esprit de brouillage, des entraves délibérées ont retardé l’aboutissement des efforts du président Sleiman pour organiser la table ronde de dialogue. Des parties ont exigé l’élargissement du menu, de l’ordre du jour, en affirmant qu’il faut y inscrire deux sujets-impasses : la restructuration de l’État et un plan économique longue durée, longuement distant de Paris III. En priorité, pour éluder le débat, essentiel répétons-le, la stratégie de défense et sur les armes du Hezbollah. Et en exigeant, également, l’élargissement du nombre de participants. Parfois en se montrant plus royalistes que le roi, certains nominés laissant entendre qu’ils se considéreraient comme dûment représentés par des tiers déjà présents lors de la précédente édition Berry.
Mais le président Sleiman, Salomon en étymologie, a tranché. Il a décidé de convier les parties qui ont signé l’accord de Doha, du moment qu’elles sont responsables de sa mise en application. Entre autres, dangereuse actualité oblige, pour ce qui est de « prohiber le recours aux armes et à la violence, quels que soient les lieux ou les circonstances. Cela pour empêcher toute dérogation au contrat de partenariat national qui se fonde sur la volonté de coexistence des Libanais, dans le cadre d’un système démocratique ». Le texte ordonne ensuite, en capitales, de « réserver au seul État l’autorité sécuritaire et militaire sur les Libanais et les résidents. Pour bien garantir la paix civile dans la coexistence. Et dans l’application de la loi, comme dans le respect de la souveraineté de l’État sur tout le territoire. Sans plus de régions où les repris de justice et les hors-la-loi peuvent se réfugier ».
Un paradoxe qui se profile à l’horizon : ce sont, sans doute, les incidents alarmants de Tripoli, du Akkar et de la Békaa qui ont incité le régime à accélérer le processus du dialogue. Afin de mettre sur la table la cause qui produit de tels effets : l’armement hors légalité. Mais il se pourrait bien que le sujet soit éludé, ou délayé, ou retardé. Parce que le Hezbollah préfère qu’on n’en parle pas avant les législatives. Il faut d’ailleurs reconnaître qu’une discussion serrée pourrait produire des frictions qui risqueraient de se répercuter sur le climat de rue, actuellement en amélioration. Mais il est encore plus vrai que tant que le problème n’aura pas été tranché, aucune garantie de stabilité sécuritaire ou politique ne peut être établie.
Émile KHOURY
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Plus facile à dire qu’à faire. Surtout pour ce qui est de l’essentiel : l’essor d’un véritable État, non brouillé, au double sens du terme. Ce qui passe, nécessairement, par un règlement du grave problème, aux connotations innombrables, que pose l’armement milicien, arsenal du Hezbollah en tête.
Le cycle de réconciliations internes entamé à Tripoli et qui aborde la Békaa-Ouest, la Montagne et Beyrouth représente une chance et un avantage circonstanciels de poids. En instituant, en propageant, un climat de détente populaire appelé à s’étendre au domaine politique. Donc à favoriser le succès du...